La Ville Inadaptée : VIPCITY, un mille nautique pour 9500 habitants, depuis 1995
Maquette, 1852 cm
Luc Deleu est né en 1944 à Duffel. Il vit et travaille à Berchem.
Vipcity ou la mise en scène d'une filiation
« Voilà bientôt dix ans que l'architecte-urbaniste Luc Deleu travaille au projet de La ville inadaptée. Il s'agit d'un ouvrage dit d'urbanisme conceptuel articulé sur une succesion de modèles spatiaux.
Comme chacun de ces modèles englobe le précédent, Vipcity qui en est l'occurence actuelle s'identifie à l'ensemble du projet. (...) Le travail est mis en route en 1995, à la suite du projet Wien Usiebenpole. Luc Deleu avait réglé l'arrangement fonctionnel de cette ville linéaire de 120 000 habitants sur la partition de "An der schönen, blauen Donau" de Johan Strauss. Par l'arbitraire de ce procédé il mettait le doigt sur la carence de la discipline à fournir les instruments adéquats pour concevoir et régler l'équipement urbain. Or donc La ville inadaptée serait consacrée à l'étude et à la mise en oeuvre des modèles de déploiement et d'agencement de cet équipement. Deleu considère cet outillage comme un élément essentiel de l'habitat. (...) Percevant que le domaine public qui lui est rapporté est soumis aux pressions des intérêts particuliers, il vise à placer les décideurs face à leurs responsabilités en les confrontant au "parangon éthique" auquel son entreprise devrait aboutir. par le biais de ce travail sur l'équipement, il prétend arriver à renouveler le programme de l'habitat urbain en société occidentale. Il aime à penser que son oeuvre pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies pour l'initiation et la conduite du projet. Il ambitionne de lui conférer une exemplarité qui lui permettrait de contribuer à la révision des objectifs de l'architecture et de l'urbanisme... » GC
Extrait du texte de Guy Châtel, Car pour finir, tout retourne à la mer. Vipcity ou la mise en scène d'une filiation, avril 2004

Concept global d’urbanisme/Luc Deleu
« _Orbanisme
C’est en 1980 déjà, probablement sous l’influence encore de l’appellation poétique « astronef terre » créée par Buskminster Fuller, et impressionné par les toutes premières photos du globe terrestre de l’histoire, que j’ai lancé la notion d’orbanisme. La Terre est notre vaisseau spatial, notre mère et notre habitation à tous. A cette époque déjà, l’orbanisme préconisait une pratique de projet urbanistique intégrée à l’échelle planétaire, et essayé de considérer la Terre comme le contexte spatial et social dans lequel s’inscrivaient les villes et l’architecture. Dans cette optique donc, l’orbanisme visait à une organisation équilibrée de l’espace terrestre.
L’orbanisme défend ainsi un aménagement métaphysique et matériel du monde au profit du bien commun, de l’intérêt général. L’orbanisme vise à un équilibre dynamique entre ordre et chaos, entre architecture et vie, entre culture et néo-culture… L’orbanisme est aussi respectueux que possible de l’environnement. Comme nous devons organiser les constructions dans un espace naturel qui se restreint de plus en plus, l’écologie – système par ailleurs universel – est un principe structurant prioritaire de l’orbanisation toujours plus approfondie ou de l’appropriation de la nature par les hommes.
L’orbanisme sous-entend solidarité et juste relation ; il est écocentrique, équilibré et unique. Plus la mondialisation est glorifiée, plus un point de vue universel sur notre planète devient évident autant qu’indispensable. Nous évoluons, du moins nous l’espérons, vers un monde constitués de populations et d’institutions mondiales, soumises à des droits et des devoirs mondiaux et assumant des responsabilités mondiales.
_Urbanisme
Depuis les CIAM, toute démarche urbanistique sérieuse s’assimile à l’élaboration de plans dans le respect de l’intérêt général. Depuis lors, en effet, l’urbanisme est devenu synonyme d’architecture d’un foyer de société. De ce fait, l’urbanisme gagne largement en complexité et entend désormais englober l’organisation spatiale de la cité dans son ensemble, allant jusqu’à intégrer les réseaux urbains à tous les niveaux possibles. Au summum de ses capacités, l’urbanisme crée un ensemble flexible et durable intégrant toutes les composantes d’une société, sur plusieurs générations et au travers de différents modèles sociétaux. A son apogée, il génère un symbole de liberté pour plusieurs générations et tend donc vers une certaine intemporalité.
Un urbanisme conceptuel – par ses exemples, ses méthodes de conception et ses stratégies sur les plans formel, spatial, structurel et programmatique – entend instaurer un cadre stimulant. En tant que catalyseur d’inspiration, les idées sont une ressource économique et efficace.
_Architecture
Tout comme l’urbanisme s’inscrit dans un cadre orbanistique, l’architecture s’inscrit dans un cadre urbanistique.
Dans le village qu’est notre monde actuel avec sa société complexe, l’engagement planétaire s’affirme désormais comme une donnée incontournable au travers de la communication et de l’information universelles.
Dans l’histoire de l’art et de la critique d’art, les exemples architecturaux (réalisés) sont – pratiquement sans exception – des supports de propagande par lesquels le maître d’œuvre aime à s’affirmer d’une manière ou d’une autre. Le maître d’œuvre s’efforce, par le biais de l’architecture, de se vendre lui-même, de vendre quelque chose ou une idée à la société. L’architecte confère à l’édifice une plus-value métaphysique, il donne une âme à la construction et l’élève ainsi au rang d’architecture.
En incorporant les programmes banals à l’architecture, les modernistes ont créé une confusion tenace, encore présente aujourd’hui, entre les notions d’architecture et de bâtiment, entre habitation et architecture… Ces deux notions totalement différentes sont encore aujourd’hui, par habitude et malentendu, désignées et considérées comme une seule et même chose. L’architecture néanmoins, est une réalité spirituelle et culturelle et nullement un prétexte valable pour construire.
_Une théorie contemporaine de l’espace public
Depuis la chute du mur de Berlin, la mondialisation et la dérégulation sont omniprésentes et se retrouvent donc aussi dans la réflexion urbanistique et dans la ville. De plus en plus, les pouvoirs publics sont amenés à partager leur pouvoir avec des institutions privées avec, en corollaire, une privatisation toujours plus grande de l’espace public. Dès lors, dans notre monde occidental qualifié de démocratique, les forces en présence dans le domaine de l’urbanisme sont-elles encore maîtrisées démocratiquement, et sont-elles d’ailleurs encore maîtrisables ? L’espace public est-il encore constitué démocratiquement ? Et estime-t-on encore qu’il puisse s’ériger démocratiquement ? En dépit de la vision architecturale réductrice qui prédomine aujourd’hui encore et qui rejette ce débat social et politique, l’application d’un concept contemporain (c’est-à-dire du XXIème siècle) à l’espace collectif soumis aux pressions serait notamment susceptible d’offrir un nouveau paradigme éthique aux institutions privées qui interviennent toujours plus activement dans l’espace public et qui, dès lors, sont appelées à assumer, aujourd’hui ou demain, fût-ce involontairement, une responsabilité publique.
Il importe que la démocratie affirme son autorité, de préférence de façon permanente, dans l’élaboration et l’aménagement de l’espace public. La conception et la sauvegarde de l’espace public, le forum, devraient – dans l’intérêt de l’homme, de l’électeur et de la sécurité, relever inconditionnellement de la compétence des pouvoirs publics, et constituer une priorité urgente pour l’art de construire des villes.
Face à la formidable évolution de notre monde, une définition nouvelle et élargie de notre espace universel s’impose. L’espace collectif dans son ensemble (notre environnement) exige une différenciation nettement plus affinée et acquiert parallèlement un champ visuel de dimension planétaire. Pour ne citer que quelques uns des différents niveaux, on dénombre des espaces collectifs mondiaux (par exemples les océans), des espaces nationaux et régionaux (par exemple des paysages), des espaces municipaux, mais aussi des places, des rues et des ruelles. Nos espaces communs peuvent être des espaces interdits, inaccessibles, partiellement accessibles ou totalement accessibles. L’accès peut être facile ou difficile, ils peuvent parfois être cachés et dangereux ou sûrs, attrayants ou repoussants, etc., mais tous méritent, chacun à leur manière, l’attention spécifique des instances politiques compétentes. Manifestement, l’étude approfondie, la désignation et le catalogage des types d’espaces à échelle (planétaire) ne peuvent que rehausser le niveau de l’aménagement du territoire.
La dimension urbaine englobe un large éventail d’espaces privés et publics. L’espace collectif urbain se manifeste dès le paysage environnant (le plus souvent un néo-paysage) qui, dans certains cas, fait partie intégrante – dans une proportion plus ou moins grande – de la ville (une vue sur mer, sur un cours d’eau, un panorama ou l’horizon, par exemple).
La ville négative, le paysage urbain, la forme et la spatialité de la ville ou le vide urbain sont manifestement universels. Ici, ‘espace public, le forum, est encore une composante très spécifique qui, à son tour, englobe encore différents espaces qui se profilent chacun en extérieur, sous couvert ou à l’intérieur. D’autre part, la ville est constituée d’un amalgame d’espaces collectifs, tels que les espaces libres ou résiduels, les espaces occupés par les infrastructures, destinés à la circulation automobile, aux cyclistes et aux piétons – ensemble ou séparés – ainsi que d’espaces pseudo publics, semi-publics et semi privés. Tous ces espaces typiques, leur cohérence mutuelle et leur relation au monde privé, composent à mes yeux un programme particulièrement intéressant pour l’art de construire les villes, l’urbanisme.
_Défragmentation
L’autonomie de l’image est une caractéristique intéressante de la grande échelle. Dans la nature, la petite échelle est chaotique, mais à une plus grande échelle la nature crée toujours une image. Vue de près, la plage est un bric-à-brac instable de sable, de coquillages, de cailloux, de rochers et de plantes ; vue de la mer par contre, la mer offre une superbe image stable et autonome. De même malgré ses multiples facettes versatiles et son programme temporaire, changeant et instable, la ville dynamique envisagée à grande échelle compose une image digne d’un projet urbanistique.
Les communautés d’hommes libres s’inscrivent inéluctablement dans un chaos spatial et exigent une dose manifeste de tolérance. Toutefois, les grands concepts, structures et interventions sollicitent notre penchant pour l’ordre et les proportions et nous interpellent au plan émotionnel et intellectuel. Dès lors qu’ils assouvissent ce penchant, ils forment le contrepoint indispensable : « ordre à grande échelle, chaos à petite échelle » !
L’urbanisme est une discipline qui, plus que tout autre, appelle une interaction souple et rapide entre les différents niveaux d’échelle, entre grand et petit. Complexité et simplicité sont inextricablement imbriquées au sein du processus de conception urbanistique. Analyse et synthèse se succèdent.
Tout comme la fragmentation, la défragmentation doit elle aussi faire partie intégrante des stratégies et ressources de l’urbanisme. Toutes les structures élaborées par l’homme tendent à fragmenter tout en générant en même temps un mouvement d’intégration. Le monde globalise, régionalise, et atomise simultanément. Dans un espace urbain équilibré, fragmentation et défragmentation se côtoient. Les villes devraient donc aussi pouvoir être défragmentées régulièrement.
La conception « top-down », c’est-à-dire du « grand » au « petit », est une démarche évidente et relativement facile. L’inverse en revanche, c’est-à-dire du « petit » au « grand », ou « bas » vers le « haut », est une approche nettement moins évidente, très complexe, ardue et déconcertante : voyez l’UE ! Pourtant les deux méthodes sont dignes d’intérêt et ont leurs avantages et leurs inconvénients pour un projet urbain. La première méthode structure et la deuxième déstructure. La première génère harmonie et calme, la deuxième, diversité et agitation. La première est plutôt élitiste, la deuxième populaire.
Partir du « petit » pour arriver au « grand » génère un résultat différencié parce qu’il est tenu compte des particularités, des exceptions et de l’individualité, et à ce titre représente une garantie cruciale de préservation de la liberté individuelle. »
Luc Deleu, concept global d’urbanisme pour le quartier européen à Bruxelles, argumentaire de candidature, 2002
Ressources : www.topoffice.to ; www.muhka.be ; www.lacambre-archi.be
Maquette, 1852 cm
Luc Deleu est né en 1944 à Duffel. Il vit et travaille à Berchem.
Vipcity ou la mise en scène d'une filiation
« Voilà bientôt dix ans que l'architecte-urbaniste Luc Deleu travaille au projet de La ville inadaptée. Il s'agit d'un ouvrage dit d'urbanisme conceptuel articulé sur une succesion de modèles spatiaux.
Comme chacun de ces modèles englobe le précédent, Vipcity qui en est l'occurence actuelle s'identifie à l'ensemble du projet. (...) Le travail est mis en route en 1995, à la suite du projet Wien Usiebenpole. Luc Deleu avait réglé l'arrangement fonctionnel de cette ville linéaire de 120 000 habitants sur la partition de "An der schönen, blauen Donau" de Johan Strauss. Par l'arbitraire de ce procédé il mettait le doigt sur la carence de la discipline à fournir les instruments adéquats pour concevoir et régler l'équipement urbain. Or donc La ville inadaptée serait consacrée à l'étude et à la mise en oeuvre des modèles de déploiement et d'agencement de cet équipement. Deleu considère cet outillage comme un élément essentiel de l'habitat. (...) Percevant que le domaine public qui lui est rapporté est soumis aux pressions des intérêts particuliers, il vise à placer les décideurs face à leurs responsabilités en les confrontant au "parangon éthique" auquel son entreprise devrait aboutir. par le biais de ce travail sur l'équipement, il prétend arriver à renouveler le programme de l'habitat urbain en société occidentale. Il aime à penser que son oeuvre pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies pour l'initiation et la conduite du projet. Il ambitionne de lui conférer une exemplarité qui lui permettrait de contribuer à la révision des objectifs de l'architecture et de l'urbanisme... » GC
Extrait du texte de Guy Châtel, Car pour finir, tout retourne à la mer. Vipcity ou la mise en scène d'une filiation, avril 2004

Concept global d’urbanisme/Luc Deleu
« _Orbanisme
C’est en 1980 déjà, probablement sous l’influence encore de l’appellation poétique « astronef terre » créée par Buskminster Fuller, et impressionné par les toutes premières photos du globe terrestre de l’histoire, que j’ai lancé la notion d’orbanisme. La Terre est notre vaisseau spatial, notre mère et notre habitation à tous. A cette époque déjà, l’orbanisme préconisait une pratique de projet urbanistique intégrée à l’échelle planétaire, et essayé de considérer la Terre comme le contexte spatial et social dans lequel s’inscrivaient les villes et l’architecture. Dans cette optique donc, l’orbanisme visait à une organisation équilibrée de l’espace terrestre.
L’orbanisme défend ainsi un aménagement métaphysique et matériel du monde au profit du bien commun, de l’intérêt général. L’orbanisme vise à un équilibre dynamique entre ordre et chaos, entre architecture et vie, entre culture et néo-culture… L’orbanisme est aussi respectueux que possible de l’environnement. Comme nous devons organiser les constructions dans un espace naturel qui se restreint de plus en plus, l’écologie – système par ailleurs universel – est un principe structurant prioritaire de l’orbanisation toujours plus approfondie ou de l’appropriation de la nature par les hommes.
L’orbanisme sous-entend solidarité et juste relation ; il est écocentrique, équilibré et unique. Plus la mondialisation est glorifiée, plus un point de vue universel sur notre planète devient évident autant qu’indispensable. Nous évoluons, du moins nous l’espérons, vers un monde constitués de populations et d’institutions mondiales, soumises à des droits et des devoirs mondiaux et assumant des responsabilités mondiales.
_Urbanisme
Depuis les CIAM, toute démarche urbanistique sérieuse s’assimile à l’élaboration de plans dans le respect de l’intérêt général. Depuis lors, en effet, l’urbanisme est devenu synonyme d’architecture d’un foyer de société. De ce fait, l’urbanisme gagne largement en complexité et entend désormais englober l’organisation spatiale de la cité dans son ensemble, allant jusqu’à intégrer les réseaux urbains à tous les niveaux possibles. Au summum de ses capacités, l’urbanisme crée un ensemble flexible et durable intégrant toutes les composantes d’une société, sur plusieurs générations et au travers de différents modèles sociétaux. A son apogée, il génère un symbole de liberté pour plusieurs générations et tend donc vers une certaine intemporalité.
Un urbanisme conceptuel – par ses exemples, ses méthodes de conception et ses stratégies sur les plans formel, spatial, structurel et programmatique – entend instaurer un cadre stimulant. En tant que catalyseur d’inspiration, les idées sont une ressource économique et efficace.
_Architecture
Tout comme l’urbanisme s’inscrit dans un cadre orbanistique, l’architecture s’inscrit dans un cadre urbanistique.
Dans le village qu’est notre monde actuel avec sa société complexe, l’engagement planétaire s’affirme désormais comme une donnée incontournable au travers de la communication et de l’information universelles.
Dans l’histoire de l’art et de la critique d’art, les exemples architecturaux (réalisés) sont – pratiquement sans exception – des supports de propagande par lesquels le maître d’œuvre aime à s’affirmer d’une manière ou d’une autre. Le maître d’œuvre s’efforce, par le biais de l’architecture, de se vendre lui-même, de vendre quelque chose ou une idée à la société. L’architecte confère à l’édifice une plus-value métaphysique, il donne une âme à la construction et l’élève ainsi au rang d’architecture.
En incorporant les programmes banals à l’architecture, les modernistes ont créé une confusion tenace, encore présente aujourd’hui, entre les notions d’architecture et de bâtiment, entre habitation et architecture… Ces deux notions totalement différentes sont encore aujourd’hui, par habitude et malentendu, désignées et considérées comme une seule et même chose. L’architecture néanmoins, est une réalité spirituelle et culturelle et nullement un prétexte valable pour construire.
_Une théorie contemporaine de l’espace public
Depuis la chute du mur de Berlin, la mondialisation et la dérégulation sont omniprésentes et se retrouvent donc aussi dans la réflexion urbanistique et dans la ville. De plus en plus, les pouvoirs publics sont amenés à partager leur pouvoir avec des institutions privées avec, en corollaire, une privatisation toujours plus grande de l’espace public. Dès lors, dans notre monde occidental qualifié de démocratique, les forces en présence dans le domaine de l’urbanisme sont-elles encore maîtrisées démocratiquement, et sont-elles d’ailleurs encore maîtrisables ? L’espace public est-il encore constitué démocratiquement ? Et estime-t-on encore qu’il puisse s’ériger démocratiquement ? En dépit de la vision architecturale réductrice qui prédomine aujourd’hui encore et qui rejette ce débat social et politique, l’application d’un concept contemporain (c’est-à-dire du XXIème siècle) à l’espace collectif soumis aux pressions serait notamment susceptible d’offrir un nouveau paradigme éthique aux institutions privées qui interviennent toujours plus activement dans l’espace public et qui, dès lors, sont appelées à assumer, aujourd’hui ou demain, fût-ce involontairement, une responsabilité publique.
Il importe que la démocratie affirme son autorité, de préférence de façon permanente, dans l’élaboration et l’aménagement de l’espace public. La conception et la sauvegarde de l’espace public, le forum, devraient – dans l’intérêt de l’homme, de l’électeur et de la sécurité, relever inconditionnellement de la compétence des pouvoirs publics, et constituer une priorité urgente pour l’art de construire des villes.
Face à la formidable évolution de notre monde, une définition nouvelle et élargie de notre espace universel s’impose. L’espace collectif dans son ensemble (notre environnement) exige une différenciation nettement plus affinée et acquiert parallèlement un champ visuel de dimension planétaire. Pour ne citer que quelques uns des différents niveaux, on dénombre des espaces collectifs mondiaux (par exemples les océans), des espaces nationaux et régionaux (par exemple des paysages), des espaces municipaux, mais aussi des places, des rues et des ruelles. Nos espaces communs peuvent être des espaces interdits, inaccessibles, partiellement accessibles ou totalement accessibles. L’accès peut être facile ou difficile, ils peuvent parfois être cachés et dangereux ou sûrs, attrayants ou repoussants, etc., mais tous méritent, chacun à leur manière, l’attention spécifique des instances politiques compétentes. Manifestement, l’étude approfondie, la désignation et le catalogage des types d’espaces à échelle (planétaire) ne peuvent que rehausser le niveau de l’aménagement du territoire.
La dimension urbaine englobe un large éventail d’espaces privés et publics. L’espace collectif urbain se manifeste dès le paysage environnant (le plus souvent un néo-paysage) qui, dans certains cas, fait partie intégrante – dans une proportion plus ou moins grande – de la ville (une vue sur mer, sur un cours d’eau, un panorama ou l’horizon, par exemple).
La ville négative, le paysage urbain, la forme et la spatialité de la ville ou le vide urbain sont manifestement universels. Ici, ‘espace public, le forum, est encore une composante très spécifique qui, à son tour, englobe encore différents espaces qui se profilent chacun en extérieur, sous couvert ou à l’intérieur. D’autre part, la ville est constituée d’un amalgame d’espaces collectifs, tels que les espaces libres ou résiduels, les espaces occupés par les infrastructures, destinés à la circulation automobile, aux cyclistes et aux piétons – ensemble ou séparés – ainsi que d’espaces pseudo publics, semi-publics et semi privés. Tous ces espaces typiques, leur cohérence mutuelle et leur relation au monde privé, composent à mes yeux un programme particulièrement intéressant pour l’art de construire les villes, l’urbanisme.
_Défragmentation
L’autonomie de l’image est une caractéristique intéressante de la grande échelle. Dans la nature, la petite échelle est chaotique, mais à une plus grande échelle la nature crée toujours une image. Vue de près, la plage est un bric-à-brac instable de sable, de coquillages, de cailloux, de rochers et de plantes ; vue de la mer par contre, la mer offre une superbe image stable et autonome. De même malgré ses multiples facettes versatiles et son programme temporaire, changeant et instable, la ville dynamique envisagée à grande échelle compose une image digne d’un projet urbanistique.
Les communautés d’hommes libres s’inscrivent inéluctablement dans un chaos spatial et exigent une dose manifeste de tolérance. Toutefois, les grands concepts, structures et interventions sollicitent notre penchant pour l’ordre et les proportions et nous interpellent au plan émotionnel et intellectuel. Dès lors qu’ils assouvissent ce penchant, ils forment le contrepoint indispensable : « ordre à grande échelle, chaos à petite échelle » !
L’urbanisme est une discipline qui, plus que tout autre, appelle une interaction souple et rapide entre les différents niveaux d’échelle, entre grand et petit. Complexité et simplicité sont inextricablement imbriquées au sein du processus de conception urbanistique. Analyse et synthèse se succèdent.
Tout comme la fragmentation, la défragmentation doit elle aussi faire partie intégrante des stratégies et ressources de l’urbanisme. Toutes les structures élaborées par l’homme tendent à fragmenter tout en générant en même temps un mouvement d’intégration. Le monde globalise, régionalise, et atomise simultanément. Dans un espace urbain équilibré, fragmentation et défragmentation se côtoient. Les villes devraient donc aussi pouvoir être défragmentées régulièrement.
La conception « top-down », c’est-à-dire du « grand » au « petit », est une démarche évidente et relativement facile. L’inverse en revanche, c’est-à-dire du « petit » au « grand », ou « bas » vers le « haut », est une approche nettement moins évidente, très complexe, ardue et déconcertante : voyez l’UE ! Pourtant les deux méthodes sont dignes d’intérêt et ont leurs avantages et leurs inconvénients pour un projet urbain. La première méthode structure et la deuxième déstructure. La première génère harmonie et calme, la deuxième, diversité et agitation. La première est plutôt élitiste, la deuxième populaire.
Partir du « petit » pour arriver au « grand » génère un résultat différencié parce qu’il est tenu compte des particularités, des exceptions et de l’individualité, et à ce titre représente une garantie cruciale de préservation de la liberté individuelle. »
Luc Deleu, concept global d’urbanisme pour le quartier européen à Bruxelles, argumentaire de candidature, 2002

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