mardi 10 mars 2009

Le propos

La ville serait pour les uns au bord de l'explosion, de Mexico au Caire, en passant par Bombay. Pour d'autres, par un processus mystérieux, elle se régénèrerait selon les mêmes lois que celles du moyen âge ou celles qui ont amené à la ville industrielle. Ce qui est certain, c'est que peu d'entre nous peuvent raisonnablement pronostiquer ce que sera la ville, notre cadre de vie à la fin du millénaire.

L'exposition voudrait donc être une opportunité de s'interroger au travers de propositions d'architectes et d'artistes de divers pays et de générations différentes. Comme un carrefour où les délires d'aujourd'hui seraient peut-être le réel de demain, où les questions surtout ramèneraient à l'égalité spectateurs et spécialistes.

Les utopistes des années 1960 avaient mêlé le rationalisme des urbanistes-planificateurs et les technologies émergentes de l'époque - plastique, gonflables, énergies nouvelles. L'utopie était alors possible. L'ambiance était aux certitudes d’une société d’après-guerre (gagnée).
Tous les paramètres étaient connus et, semblait-il, maîtrisés ; les démographes chiffraient la population future, les ingénieurs répondaient à tout, les politiques planifiaient, les promoteurs investissaient et les architectes construisaient.

Certes, quelques-uns refusaient la norme ambiante, provoquaient ou cherchaient simplement une autre ville, une autre vision débarrassée de la technostructure, des réglementations et du bon goût. Ils suggéraient une ville plus folle, des développements incongrus sous terre, dans le ciel ou la mer, voire dans des icebergs. Ils mobilisaient les nouveaux matériaux, se faisaient complices des artistes plasticiens et ne refusaient pas de s’impliquer politiquement.

Aujourd’hui, d’une part les envies d’utopies se sont diluées dans les capacités incommensurables du virtuel – au point de rendre banales les utopies mêmes – et, d’autre part, les certitudes impériales de l’après-guerre ont laissé place de nouveau à l’inconnu.

Quelle population ? Quelles énergies ? Quel monde en un mot ? Le rapport Nord/Sud, la sécurité, la pollution, la concentration de la richesse, autant de questions qui fondent l’incertitude latente du lendemain.

Voyez l’évolution démographique que l’on croyait acquise. Les grandes villes d’Inde perdent de la population et Cancun qui n’était qu’une plage il y a encore quinze ans est désormais une vrai ville. On aura aussi en tête ces villes, notamment américaines, s’enfermant derrière murs, miradors et caméras avec un vigile par maison. Mais l’insécurité n’est pas réservée aux possédants et les habitants des favellas vivent plus rudement encore les conséquences d’un monde de la drogue en pleine expansion.

Pour mémoire encore, on évoquera les océans pollués jusqu’à l’échelle microscopique et le débat sur l’énergie de l’après pétrole qui tarde tellement à s’établir que le risque de la panne devient crédible. C’est bien dire que les besoins d’une pensée de la ville se sont accrus avec ceux de la ville elle-même. Besoins de prospective, d’anticipation avant les explosions, sociales, urbaines, promises.

La ville, jusque-là, réglait, plus ou moins bien, la question démographique comme la nécessaire intégration sociale. Il semblerait que la ville – l’effet citadin – ne soit plus en mesure, de nos jours, de faire face mais, au contraire, exacerbe les clivages et développe une angoisse imprécise à la fois métaphysique et très concrète.

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