mardi 10 mars 2009

"Avenirs de Villes/Future for cities"

Une exposition ouverte

Avenirs de Villes (Future for Cities) est une exposition d'Art et d'Architecture présentant des propositions d'une vingtaine d'artistes et d'architectes de divers pays et différentes générations sur la manière dont ils envisagent la ville jusqu'à l'horizon de l'an 3000.
L'exposition qui occupe les 3000 m2 de l'ancienne halle d'usinage d'Alstom est constituée de pavillons, constructions simples, autour et à travers lesquels ont peut évoluer librement, découvrir et partager les questionnements des architectes et artistes invités, d'adhérer à leur jeu ou de se glisser dans leur prémonitions. La grande halle d'exposition est ménagée d'espaces de repos, d'espaces de convivialité et d'espaces de documentation.
Elle est équipée de huit postes de consultation internet devant permettre aux curieux d'en savoir plus sur les créateurs invités ou de circuler sur les sites consacrés à l'urbain et à notre futur collectif.
Le hall d'accueil est doté d'un amphithéâtre, d'un "café" permettant d'offrir des rencontres, des animations, des projections de site web ou des extraits de documents vidéos liés aux villes du futur, du documentaire à la science-fiction, des ateliers pour enfants, grands inventeurs de villes qui pourront s'exprimer et eux aussi participer, crayons en main, à l'imagination citadine que voudrait provoquer l'exposition.
Ainsi, cette exposition enrichissante et ludique garde une cohérence avec les grands axes du programme Nancy 2005, Le temps des Lumières, consolidant le jeu de miroir entre la ville du XVIIIème siècle, les villes actuelles et villes à venir.

Le propos

La ville serait pour les uns au bord de l'explosion, de Mexico au Caire, en passant par Bombay. Pour d'autres, par un processus mystérieux, elle se régénèrerait selon les mêmes lois que celles du moyen âge ou celles qui ont amené à la ville industrielle. Ce qui est certain, c'est que peu d'entre nous peuvent raisonnablement pronostiquer ce que sera la ville, notre cadre de vie à la fin du millénaire.

L'exposition voudrait donc être une opportunité de s'interroger au travers de propositions d'architectes et d'artistes de divers pays et de générations différentes. Comme un carrefour où les délires d'aujourd'hui seraient peut-être le réel de demain, où les questions surtout ramèneraient à l'égalité spectateurs et spécialistes.

Les utopistes des années 1960 avaient mêlé le rationalisme des urbanistes-planificateurs et les technologies émergentes de l'époque - plastique, gonflables, énergies nouvelles. L'utopie était alors possible. L'ambiance était aux certitudes d’une société d’après-guerre (gagnée).
Tous les paramètres étaient connus et, semblait-il, maîtrisés ; les démographes chiffraient la population future, les ingénieurs répondaient à tout, les politiques planifiaient, les promoteurs investissaient et les architectes construisaient.

Certes, quelques-uns refusaient la norme ambiante, provoquaient ou cherchaient simplement une autre ville, une autre vision débarrassée de la technostructure, des réglementations et du bon goût. Ils suggéraient une ville plus folle, des développements incongrus sous terre, dans le ciel ou la mer, voire dans des icebergs. Ils mobilisaient les nouveaux matériaux, se faisaient complices des artistes plasticiens et ne refusaient pas de s’impliquer politiquement.

Aujourd’hui, d’une part les envies d’utopies se sont diluées dans les capacités incommensurables du virtuel – au point de rendre banales les utopies mêmes – et, d’autre part, les certitudes impériales de l’après-guerre ont laissé place de nouveau à l’inconnu.

Quelle population ? Quelles énergies ? Quel monde en un mot ? Le rapport Nord/Sud, la sécurité, la pollution, la concentration de la richesse, autant de questions qui fondent l’incertitude latente du lendemain.

Voyez l’évolution démographique que l’on croyait acquise. Les grandes villes d’Inde perdent de la population et Cancun qui n’était qu’une plage il y a encore quinze ans est désormais une vrai ville. On aura aussi en tête ces villes, notamment américaines, s’enfermant derrière murs, miradors et caméras avec un vigile par maison. Mais l’insécurité n’est pas réservée aux possédants et les habitants des favellas vivent plus rudement encore les conséquences d’un monde de la drogue en pleine expansion.

Pour mémoire encore, on évoquera les océans pollués jusqu’à l’échelle microscopique et le débat sur l’énergie de l’après pétrole qui tarde tellement à s’établir que le risque de la panne devient crédible. C’est bien dire que les besoins d’une pensée de la ville se sont accrus avec ceux de la ville elle-même. Besoins de prospective, d’anticipation avant les explosions, sociales, urbaines, promises.

La ville, jusque-là, réglait, plus ou moins bien, la question démographique comme la nécessaire intégration sociale. Il semblerait que la ville – l’effet citadin – ne soit plus en mesure, de nos jours, de faire face mais, au contraire, exacerbe les clivages et développe une angoisse imprécise à la fois métaphysique et très concrète.

L'association .Filigrane

Présentation de l'association et de ses interventions dans le cadre du programme Nancy 2005, Le temps des Lumières

L'association .filigrane est une association dont l'objectif est de mettre en lumière un lieu particulier, de le révéler par une effervescence d'actions relatives à l'architecture, l'urbanisme, le paysage, le design et toute autre forme d'art.
L'association .filigrane se tourne non pas seulement sur l'évènement mais sur le lieu investi à travers l'évènement. Les médiums sont multiples et diversifiés et servent à dévoiler le lieu à tous les publics. A chaque lieu correspond des parcours, des lectures créatives, des discours et des interprétations corporelles.
L'association .filigrane met en place un réseau d'initiatives et d'associations qui travaillent pour un même lieu. C'est pourquoi dans le cadre du programme "Nancy 2005" et de l'exposition "Avenirs de Villes", l'association organise un programme de manifestations pour le site de l'ancienne halle d'usinage Alstom. Ses interventions sont les suivantes :

_RDV minutés
Des visites commentées du site et de l'exposition sont faites par des étudiants des écoles d'architecture et des Beaux-Arts présents de façon journalière sur le site.

_Ateliers d'éveil et de créations plastiques pour enfants et adultes
Les ateliers pour enfants ont pour objectif de recueillir divers regards de différentes générations, sur le lieu investi ainsi que les impressions ressenties, les sentiments perçus durant la visite de l'exposition. Les participants à ces ateliers s'interrogent, s'expriment, témoignent, partagent, au travers de réalisations plastiques pluriformes ayant recours au dessin, au modelage, à la sculpture, aux matériaux composites et de récupération.
Des partenariats avec les écoles, les centres aérés et les MJC ont été réalisés. Ces ateliers se déroulent en journée et sont encadrés par des responsables présents quotidiennement sur le site.
Un atelier en relation avec l'opération annuelle de sensibilisation à l'architecture dans les collèges et les lycées, a été mis en place sur le site.
Les ateliers pour adultes proposent des thématiques doubles telle que Architecture/Sculpture ou Architecture/Photographie. Ils se déroulent sur plusieurs semaines afin de permettre une confrontation des participants avec le lieu et une pratique artistique particulière encadrée par des professionnels.


_Conférences-débats
La thématique développée dans l'exposition "Avenirs de Villes" amène chacun de nous à la réflexion et à la discution autour de la ville d'aujourd'hui et celle de demain. Alors que l'on fête le siècle des Lumières, l'association tente ici d'éclairer tous les public sur les problématiques actuelles soulevées par l'art contemporain, et plus particulièrement sur les visions de "villes à venir". A cet effet, l'association a recensé sur l'ensemble des intervenants, artistes ou architectes, la motivation et la disponibilité de chacun pour un échange sur le site de l'exposition. L'association propose des échanges à caractères multiples tels que conférence-débat ou projection-débat, participation à des ateliers, promotion d'ouvrages ou performances in situ. L'ojectif est de communiquer, de faire échos en réunissant différents acteurs, multiples discours permettant d'enrichir le débat.

_Concours d'idées
Des concours d'idées sont mis en place avec la collaboration de différentes structures scolaires, universitaires et associatives, ouverts à tous et cherchant à impliquer le visiteur dans le lieu qu'il parcourt. Deux concours ont été envisagés : "Regard sur l'existant", concours de photographie dont l'objet est le lieu lui-même et sa place dans la ville ; "Avenir du site", concours au média libre dont l'objet est d'imaginer le lieu dans un futur proche ou éloigné. Le jury se compose de membres choisis dans divers domaines ayant un rapport à l'urbain.

_RDV hebdomadaires
Ces rendez-vous hebdomadaires ont pour but de dynamiser le lieu, le rendre attractif pendant et en dehors des heures d'ouverture de l'exposition, le signaler comme rendez-vous incontournable et prioritaire dans l'agenda de la semaine. Les évènements organisés tous les jeudis permettent de donner un rythme dans la pratique hebdomadaire du site, pouvant aboutir à des réflexes culturels du grand nancéien, proposant ainsi des conférences, débats, lectures et arts du spectacle (musique, danse, théâtre et vidéo).

_Publications
En collaboration avec la librairie Didier à Nancy et éditeurs d'ouvrages d'artistes et d'architectes exposant sur le site, l'association prend en charge un point de vente de de presse spécialisée, de livres et DVD en rapport avec l'art, l'architecture et l'urbanisme, notamment le catalogue de l'exposition "Avenirs de Villes-Futur for cities" ainsique les publications rentrant dans le cadre du programme "Nancy 2005, le temps des Lumières".

Photos/Agnès H.

vendredi 6 mars 2009

Mémoire d'un lieu

Le site est à peine plus que centenaire. La première pierre n'a été posée qu'à l'extrême fin du XIXème siècle. Pourtant, il porte en lui une formidable histoire qui dépasse de loin le seul cadre de son activité économique, la construction électrique. De ce lieu se révèle l'histoire de tout un quartier, celui de Meurthe canal, s'esquisse l'histoire industrielle moderne de la ville de Nancy. Lorsqu'en 1898, la Compagnie Générale Electrique (CGE) de nancy décide d'implanter rue Oberlin, dans le quartier Est de la ville, une usine dédiée à la production de moteurs électriques, de dynamo et de lampes d'éclairage, l'endroit fait déjà figure de pôle industriel régional de premier ordre. Verreries, tonnelleries, imprimerie, etc, de nombreuses entreprises comme la prestigieuse DAUM s'y sont depuis peu installées, qui profitent d'une position privilégiée avec le canal de la Marne -Rhin (achevé en 1855) et la toute récente ligne de chemin de fer reliée à l'axe Paris-Strasbourg.
(...)
De 1898 à 1906, la construction des ateliers et des bureaux de la Compagnie Générale Electrique est due, pour l'essentiel, à l'architecte Henry Gutton pour un groupe d'industriels nancéiens dont Charles Vicarino, d'origine suisse. Les travaux de construction sont effectués par l'entreprise nancéienne France-Lanord & Bichaton (entreprise encore en activité). Le plan de l'usine est très moderne pour l'époque. Il est conditionné par l'usage de la force motrice d'origine électrique (emplacement des bâtiments plus fonctionnels par rapport au flux de circulation, indépendance de la salle des machines par rapport aux bâtiments de fabrication...). la grande halle où se déroule l'exposition est construite en 1898-1899. La charpente métallique est due à l'entreprise nancéienne F. Schertzer. La halle est constituée de trois vaisseaux, dont le vaisseau central plus haut que les vaisseaux latéraux, abrite le pont roulant de manutention.
(...)
Assurément le formidable dynamisme de l'économie nancéienne à l'orée du XXème siècle, impulsé en grande partie par l'arrivée en 1871 d'une riche et entreprenante bourgeoisie industrielle d'Alsace et de Lorraine fuyant l'occupation allemande, se communique à la Compagnie Générale Electrique. Dix ans après son installation rue Oberlin, l'entreprise procède à un premier agrandissement qui lui permet de produire des moteurs de plus grande taille. Jusqu'aux années 1930, la CGE connaît une phase d'expansion continue. La production croît, requerrant sans cesse d'avantage d'espace, d'avantage de salariés et s'ouvre dès 1920 aux nouveaux métiers de l'électrotechnique. En 1930, près de 1000 personnes sont employées, réparties dans les quelque neuf bâtiments que compte la firme. L'usine atteind alors presque sa forme actuelle. La crise qui s'en suit et la seconde guerre mondiale porte un brutal coup d'arrêt à cette remarquable réussite. Contrainte à la quasi-inactivité, quatre années durant, la reprise n'en est que plus difficile. Les restructurations se succèdent : CGE devient, en 1957, la "Nouvelle Compagnie générale d'Electricité de Nancy", puis en 1967 "C.E.M. Nancy".
Au cours des années 1960-70, l'entreprise peine à maintenir son niveau de production et commence à prendre conscience des limites inhérentes à l'exploitation du site de la rue Oberlin. Le groupe Alstom, devenu propriétaire en 1983, juge le site obsolète et transfère l'activité à Champigneulles en 2001.
En 2003, dans le cadre du contrat de plan Etat/Région, la Communauté Urbaine du grand Nancy se porte acquéreur de cette magnifique friche.

AMO/Rem KOOLHAAS

AMO Atlas, 2004
Contexte-Instantanés d'un monde en transition...
Context-Snapshots of the world in transition...


Affiches, formats divers
Equipe : Theo Deutinger, Daniel Dendra, Mammen Escorihuella, Reinier de Graaf, Nanne de Ru, Markus Schäfer, Max Schwitalla, Sebastian Thomas

Rem Koolhaas

D'abord journaliste et scénariste de films, Rem Koolhaas étudie à l'Architectural Association School de Londres de 1968 à 1972. En 1970, il élabore le mur de Berlin comme architecture et en 1972 avec Elia et Zoé Zenghelis, le projet théorique Exodus ou les prisonniers volontaires de l'architecture. De 1973 à 1976, il vit principalement à New York où il commence à rédiger le livre qui analysera l'impact de la culture métropolitaine sur l'architecture, "New York Délire" : Un manifeste rétroactif pour Manhattan qui paraître en 1978, à New York, Londres et Paris. Il enseigne en même temps à la Columbia University et à l'UCLA. Parallèlement, il élabore avec elia Zeghelis et Madelon Vriesendorp l'OMA (Office for Metropolitan Architecture). En 1980, ils ouvrent une agence à Rotterdam qui comprend Kees Christaanse et Ron Steiner. OMA remporte en 1983 le premier prix ex-aequo du concours pour le Parc de la Villette à Paris, dont Bernard Tschumi sera finalement lauréat. Le projet pour la Villette de Rem Koolhaas consistait en une "réaction en chaîne d'évènements générés presque sans architecture construite". De 1989 à 1994, OMA travaille sur le projet Euralille, Rem Koolhaas supervisant les bâtiments de Nouvel et Portzamparc, et construisant Congrexpo, qui regroupe une salle de concert, un centre de conférences et un espace d'exposition. En 1995, il publie avec le graphiste Bruce Mau SMLXL un livre qui documente le travail d'OMA et l'intérêt propre de Rem Koolhaas pour la société et l'architecture contemporaine. Depuis 1995, Rem Koolhaas enseigne à l'Université de Harvard.

« Contrepoint de la pratique architecturale classique, l'AMO est une agence de design et de recherche installée dans les bureaux de OMA à Rotterdam. En réponse à la frustration due à l'incapacité de l'architecture à s'adapter aux bouleversements sociaux et économiques rapides engendrés par la mondialisation de l'économie de marché, l'AMO a été fondée à la fin des années 1990 pour étudier les concepts d'organisation et de représentation, sans obligation de construire. Alors que l'OMA se consacre à la réalisation de bâtiments et de plans masse, l'AMO oeuvre dans des espaces situés au-delà des frontières de l'architecture et de l'urbanisme - y compris dans ceux de la sociologie, de la technologie et de la politique.
Le curriculum vitae de l'AMO inclut des réalisations pour Universal Studio, l'aéroport Shiphol d'Amsterdam, l'université Harvard, Condé Nast et Ikea. Ses travaux récents comprennent le développement, la mise au point de la technologie "in store" de Prada et une stratégie pour l'avenir de Volkswagen. En 2004, l'AMO a produit "l'Image de l'Europe", une exposition sponsorisée par la Présidence hollandaise et la Commission européenne, qui présente une histoire de la représentation politique européenne, dresse un tableau de la structure actuelle de l'Europe et s'interroge sur son avenir. L'exposition présente l'atlas d'AMO, une série de statistiques sur notre monde actuel... » AMO

_Cores
Le concept de noyau urbain remonte aux années 1950 quand Jean Gottmann a identifié "Boswash", un couloir urbain plus ou moins continu s'étendant le long de la côte Est américaine de Boston à Washington. Des agglomérations similaires ont depuis été identifiées dans le monde entier. A l'exception de l'Eurocore, les dix noyaux les plus peuplés du monde sont dominés par au moins une ville de plus de cinq millions d'habitants qui agit comme moteur financier et culturel.
La prolifération de noyaux en Asie et la puissance économique croissante de leurs villes centres offrent un aperçu fascinant de leur passé comme de leur futur. Lorsque que l'on associe densité de population et croissance du PIB, il apparaît que l'Asie de l'Est devient aujourd'hui le centre démographique et économique du monde, un noyau urbain de dimension mondiale.

_Le monde de A à Z
En imposant des analyses quantitatives selon pratiquement tous les critères imaginables - suicide, espérance de vie, dépenses militaires -, le monde se divise en deux avec une constance préoccupante. Une moitié, appelée monde A, est "développée", un monde de plus en plus vieux, obsédé par la sécurité, au développement soigneusement contrôlé par des règles et des règlements. L'autre, le monde Z, est "en voie de développement", jeune et vigoureux quoique instable et désordonné. Certaines nations, comme la Chine et la Russie, ont un pied dans chacun des deux mondes, offrant peut-être ainsi des ouvertures sur les avantages de A et de Z à la fois.

_Changements dans le trafic passagers aérien / Vols
Alors que le trafic aérien à l'Ouest, et surtout aux USA, s'est quasiment arrêté après le 11 septembre, les routes aériennes sur l'Est, et notamment celles centrées autour de l'Asie du Sud-Est, ont continué de prospérer. Deux ans plus tard, quand l'Asie a été emportée par l'hystérie du SRAS, les compagnies aériennes ont subi des préjudices bien plus dramatiques que ceux qu'avait connu l'Ouest du fait du 11/9.
Tandis que les USA et l'Asie tentent de remonter la pente, l'Europe, l'Asie et l'Amérique du Sud - relativement peu affectée par ces deux évènements - semblent aujourd'hui avoir, par défaut, les marchés aériens les plus sains.

_Manifestation/Contestation
Aujourd'hui, les idées plitiques les plus novatrices émanent de deux sources différentes : la gauche activiste et la droite de l'establishment. La gauche est nourrie par un réseau non structuré de groupes d'activistes ; leur méthode préférée, les manifestations de rue massives organisées via le net. Le 15 février 2003, des groupes tels qu'Atac, People's Global Action et United for Peace and Justice ont organisé le F15, première manifestation mondiale contre la guerre en Irak.
A droite, les "think tanks" sont de vraies ruches. Un nouveau conservatisme déboule d'un réseau de clubs politiques où le libre-échange de cartes de visites professionnelles comme d'idées transforme les gouvernements en Amérique, en Europe et en Asie.

Ressources : www.oma.nl ; www.nai.nl ; www.frac-centre.asso.fr ; catalogue de l'exposition AMOMA/Rem Koolhaas, Content, Taschen, Cologne, 2004

Tobias BERNSTRUP

X-SEED 4000, 2004
Jeu vidéo, animation interactive


Musique de Tobias Bernstrup, édition 4 exemplaires
Courtesy Cosmic Galerie, Paris

Tobias Bernstrup est né en 1970 à Göteborg en Suède. Il vit et travaille à New York.

Tobias Bernstrup élabore une oeuvre polymorphe dans laquelle le corps et l'espace urbain tiennent une place majeure. ses vidéos entraînent le spectateur dans l'exploration d'une ville contemporaine dépersonnalisée et anxiogène. Créées grâce à la fonction "Edit" de jeux vidéos - qui permet de développer de nouveaux décors et niveaux de jeu -, ses oeuvres ont pour cadre un paysage urbain, réel ou générique, à chaque fois différent mais qui renvoie à la même ultramoderne solitude.
Certaines de ces vidéos sont interactives et leur créateur les qualifie alors de "jeux" ; mais, plus que d'un jeu, le spectateur devient acteur d'une errance sans but ni échappatoire, si ce n'est une mort inéluctable : "gamme over". Pour Tobias Bernstrup, "la ville est l'espace où se cristallisent la blessure, le manque, la mort, la réalité déchirée et inachevée du sujet qui cherche et ne trouve rien".
Pour l'exposition "Avenirs de Villes/Future for Cities", Tobias Brenstrup présente une vidéo interactive, X-Seed 4000, du nom de la construction la plus élevée jamais projetée. Cette "tour", à la fois utopie et projet en cours d'étude pour une construction d'ici à trente ans, culminerait en effet à 4000 mètres de hauteur et abriterait un million d'habitants sur 800 étages. Construite sur l'eau, dans la baie de Tokyo, sa forme conique évoquerait le mont Fuji-Yama.
Le "joueur" est invité à évoluer dans un environnement de ville déserte, sans voiture ni pollution. CG

Ressources : www.bernstrup.com ; www.cosmicgalerie.com

Daniel BUREN & Patrick BOUCHAIN

Commentaire in situ de l'exposition "Avenirs de Villes/Future for Cities", 2005

Film réalisé par Gilles Coudert, Après production, Paris, avril 2005

Daniel Buren est né en 1938 à Boulogne-Billancourt. Il vit et travaille in situ.
Patrick Bouchain est né en 1945 à Paris. Il vit et travaille à Paris.
Artistes invités (illustrations) : Antonello Curcio, Athina Ioannou, Michael Just et Marietta Schwarz.

Demander à Daniel Buren d'être au rendez-vous d'une exposition qui évoque la ville à venir s'imposer à plusieurs titres. Les interventions de l'artiste dans le cadre urbain sont en effet innombrables, des "affichages sauvages" et des actions dans le métro aux oeuvres pérennes dans l'espace public. Si beaucoup connaissent "Les Deux Plateaux" du Palais Royal et, dans une moindre mesure, le parking des Célestins, la Place des Terreaux, à Lyon, ou l'installation de Sérignan, peu ont pu vivre réellement le formidable jeu avec les paysages de Toscane ou l'élancée de portiques vers la baie de Tokyo. Son oeuvre publique mériterait un livre à elle seule et l'on y découvrirait, peut-être plus évidemment, à quel point les potentialités du regard sur ce qui nous entoure sont au centre du travail. (...) Pour "Avenirs de Villes/Future for Cities", Daniel Buren a donc souhaiter laisser la parole à la jeune génération, celle à laquelle il enseigne à la KunstAkademie de Düsseldorf. (...)

Par ailleurs, Daniel Buren entretient de longue date une conversation privilégiée avec Patrick bouchain, le complice des Deux Plateaux. Architecte de la mobilité, de la légèreté, Patrick Bouchain garde une approche pragmatique et de bon sens de l'urbanité. Cette proximité devrait permettre un dialogue fructueux sur la ville et ses développements, deux approches critiques, deux points de vue - une formule devenue l'un des titres de Daniel Buren. L'un et l'autre ont visité l'exposition, ils la commentent et s'en évadent et leur expérience de l'urbain est irremplaçable. JLM

Ressources : www.danielburen.com

Nigel COATES

E-Volve, 2005 - Film

Equipe : Doug Branson, Nigel Coates, Marjan Colletti, Tom Dawson, Michael Delaney, Mark Garcia, Nick Leon, Sarah Stead, squint/opera

Nigel Coates est né en 1949 à Malvern. Il vit et travaille à Londres.

E-Volve est le nouveau projet de Branson Coates pour la Thames Gateway. Coates et son équipe proposent une constellations de paysages de villes distincts et organisés selon des modèles. Les deux plus vastes fonctionnement selon des plans complexes, mais ce sont des structures simples qui s'en élèvent. Chacune de ces structures abrite environ 3000 personnes et cumule l'avantage de pouvoir y vivre et travailler. Les bâtiments eux-mêmes sont intentionnellement non-définis en termes de fonctions. L'aspect entrepôt est voulu de façon à encourager la mixité d'usage. Les habitants peuvent compléter ces srtuctures ouvertes en choisissant un kit de composants intérieurs ou de panneaux de façade proposés sur un site internet.
E-Volve est un nouveau modèle urbain pouvant accueillir une population totale de 8500 personnes. La très large part accordée à la nature accentue l'équilibre entre le site et les principes de durabilité qui en découlent. Le fait d'équiper la ville avec une transmission wifi à haut débit est l'une des innovations majeures. Ce système permet aux habitants de travailler n'importe où à l'intérieur des limites de la ville, brisant ainsi les barrières traditionnelles entre lieu de travail et lieu de vie. Ce type d'infrastructure de communication peut également apporter des services de loisirs, sociaux, de santé et d'urgence n'importe où et à la demande.

E-Volve est un nouveau modèle urbain : l'alliance des infrastructures architecturales et de communication sera à l'origine d'un nouveau style de vie pour le 21ème siècle. BC

Ressources : bransoncoates.com ; www.rca.ac.uk/pages/research/professor_nigel_coates_430.html ; ecstacity.com

jeudi 5 mars 2009

Jordi COLOMER

Arabian Stars, 2005 - Photographies

Avec la collaboration de Sergi Olivares

Jordi Colomer est né en 1962 à Barcelone. Il vit et travaille à Barcelone.

Arabian stars est une série de photographies prises au Yémen fin 2004.
Jordi Colomer invite les habitants des lieux qu'il traverse à porter des pancartes où sont inscrits en arabe des noms de personnages fictifs ou réels censés être parmi les plus populaires de la seconde partie du XXème siècle (Picasso, Batman, Maradona, Lara Croft,...). Ainsi, le terme de "stars" peut à la fois évoquer la liste de ces personnages connus mais également le défilé des anonymes qui sont les véritables protagonistes du projet. Sont également disséminés parmi ces personnages des noms plus connus des yéménites (Albaradoni, Abo Bakr Saalem), ce qui complexifie encore le jeu des relations entre le spectateur, les protagonistes et les personnages évoqués.
Enfin l'inscription de ces noms en arabe (dont la traduction en alphabet latin est inscrite sur les cartels des photographies), produit un dédoublement du sens, un aller-retour entre le nom, son graphisme et les images qu'il évoque.
Comme dans son précédent projet Anarchitekton (2002-2004) qui soulignait la transformation des architectures urbaines en décor, les paysages yéménites, des gratte-ciels de terre de Shibam à la banlieue en construction de Sana'a, deviennent partie intégrante de Arabian Stars. Jordi Colomer explore ici encore le rapport entre l'architecture et son image en y ajoutant une dimension supplémentaire, celle du langage.

Des décors habités
Entretien avec Jordi Colomer

Les installations de Jordi Colomer mettent en scène l’architecture et la ville contemporaines comme un décor, imposant et factice. Dans ces espaces ambigus, les personnages répètent des gestes qui expriment autant une tentative d’appropriation intrigante qu’un automatisme quotidien sans issue.

Dans « Anarchitekton », l’intérêt de Jordi Colomer pour l’architecture de masse moderne passe par une attention aux limites de la ville, ce territoire intermédiaire où les bâtiments ne sont plus pris dans un tissu urbain dense, mais demeurent des lieux d’habitat collectif. Or, ces limites de la ville sont des espaces où l’architecture est à la fois la plus massive, la plus « réelle » si on veut, et la plus artificielle, comme un décor de cinéma construit en plein air.

Comment s’associent ces deux aspects de l’architecture pour Jordi Colomer ?

Dans la pièce d’« Anarchitekton » réalisée à Barcelone, il s’agit effectivement de trois quartiers qui se situent aux limites de la ville. Construits dans les années 1960 pour les émigrants du Sud venus travailler en Catalogne, ils représentent à la fois un décor « moderne », conçu comme tel, et un nouveau type de logement, répondant à des besoins.

La situation est un peu différente à Brasilia, même si elle illustre aussi cette ambiguïté entre décor et habitat. Là, il s’agit d’une ville entière construite en quelque sorte, à partir de « rien », pour devenir la capitale du Brésil, accueillir ses symboles officiels, et dans le même temps constituer la « vitrine » du pays, son visage moderne. Dans le film, le personnage part du bâtiment du Parlement (qui est aussi la maquette qu’il porte) pour aller jusqu’à un nouveau quartier actuellement en construction.

A Bucarest, on a une troisième incarnation de l’idée de limites puisqu’on voit essentiellement des immeubles dont la construction a débuté dans les années 1980 - la dernière période de Ceausescu - qui n’ont jamais été achevés. C’est la maquette d’un de ces « squelettes », de ces bâtiments fantômes, que le personnage trimballe jusque devant le Palais de Ceausescu. Quoi qu’il en soit, ce qui intéresse Jordi Colomer est la frontière entre décor et habitat, à partir de quand et pourquoi on passe de l’un à l’autre. Cette frontière renvoie également à la différence ou la proximité, entre fiction et réalité, jeu et action, ou encore mouvement et immobilité. Les lieux qui apparaissent dans « Anarchitekton » impliquent tout cela, comme le personnage qui s’y déplace. Il s’agit d’un acteur à qui Jordi Colomer demande de jouer, mais qui est aussi un artiste dont le travail consiste précisément à se produire dans des situations réelles. Ce personnage porte le nom de « Idroj » sorte d’anagramme de Jordi et à qui on dit souvent qu’il ressemble.

La manière qu’a le personnage de se déplacer connote toute une histoire du mouvement, qui débuterait avec la procession religieuse jusqu’aux manifestations politiques, en passant par les défilés sportifs ou les parades militaires. Evidemment, toutes ces connotations ont un aspect ironique, puisque ce personnage est un homme seul, même si le mode de déplacement de ce dernier présuppose la revendication ou la possibilité d’un mouvement collectif . Cette scène fait échos à celle des Temps modernes où Charlot qui ramasse un chiffon rouge, provoque sans le vouloir une véritable manifestation.

Outre l’aspect ironique du personnage d’« Anarchitekton », il a quelque chose d’héroïque. Il court en permanence, sans s’arrêter, qu’il fasse extrêmement chaud comme à Barcelone ou extrêmement froid comme à Bucarest. Il s’engage physiquement et cet engagement a une résonance collective.

Réactions des habitants lors du tournage

Lors du tournage à Barcelone, un des habitants est descendu de son appartement du douzième étage pour demander s’il s’agissait d’une étude en vue de la construction d’un nouveau bâtiment, ou d’une protestation contre un projet d’urbanisme. A Brasilia, il y avait une manifestation et les gens saluaient le personnage. A Bucarest, les gens ne cessaient d’interpeller l’équipe de tournage. Le passage devant le Palais de Ceausescu avec le « squelette », comme la course « para-olympique » du personnage avec une bouteille vide de Coca-cola à la main, ont eu une portée critique considérable. Les maquettes sont des effigies, des sculptures investies d’un sens symbolique. Les transporter dans la rue produit en soi un événement, une collision entre deux ordres de réalité. Lors de la semaine sainte de Séville, les processions s’organisent derrière les scènes sculptées de la Bible qu’on sort des églises. Le contraste est frappant entre leur valeur symbolique, magique, et leur réalité physique, leur poids, l’effort que cela représente de les porter. La série renvoie aussi aux parades soviétiques des années 1920 où les gens défilés avec des objets-symboles. Ces connotations sont les mêmes que l’on soit dans une situation de fête commémorative ou de protestation.
On retrouve cette ambiguïté dans l’appréhension de l’urbanisme moderne, que produit « Anarchitekton ». D’une part, l’aspect critique, littéral du film, fait évoluer un personnage avec un immeuble en carton au milieu de quartiers « faits en papier mâché et jetés dans l’espace comme des boîtes ». D’autre part, la liberté de mouvement du personnage renvoie à la réalité, au projet de l’urbanisme moderne, d’une ville ouverte où les déplacements seraient fluides et où les quartiers libérés des contraintes du passé s’accorderaient uniquement aux besoins des habitants.

Jordi Colomer a fait des études d’architecture et a été « éduqué » dans l’orthodoxie de l’urbanisme moderne où la boîte, mobile, fonctionnelle, était une forme essentielle. Mais il a vécu aussi le moment de la critique radicale de ce programme moderniste et éprouve des sentiments très ambivalents à ce sujet. Cet urbanisme ne constitue pas seulement, selon lui, un univers de contraintes. Brasilia a été conçu pour qu’on s’y déplace en voiture selon des axes bien déterminés et pourtant elle a connu un phénomène étonnant. Les piétons qui traversent ces grands espaces ont peu à peu créé « avec leurs pieds », des chemins en diagonale ; ce sont les pistes de terre rouge que l’on voit dans le film. Une telle manière de façonner collectivement et librement des axes de circulation, d’en laisser une trace, serait évidemment impossible dans les centres-villes traditionnels, ou dans des quartiers anciens où le tissu urbain est figé. A Brasilia, on appelle ces chemins littéralement tracés par des habitants, « les chemins du désir », et la ville prévoit aujourd’hui de les institutionnaliser en les transformant en rues dûment répertoriées sur les plans.

« L’urbanisme moderne a produit toutes sortes de problèmes, mais je me refuse de partir des idées préconçues sur les grands ensembles, les banlieues, etc. Ce qui m’intéresse est le rapport des gens avec leur environnement, et un tel rapport existe parfois très fortement dans ces lieux-là ; non seulement parce que cet urbanisme renvoie à des profonds changements de vie (immigration, nouveau type de travail, accès au confort moderne) mais aussi en raison de leur situation géographique. Le fait que ces quartiers aient été construits souvent à l’écart des centres, a en effet créé des espaces intermédiaires, mal délimités, entre ville et campagne, entre civilisation et nature dans lesquels une appropriation particulière de l’espace est possible. Ce sont les « terrains vagues » que l’on voit dans certains films néo-réalistes italiens de l’après-guerre. On y joue au foot, on y drague, on y roule sans permis. Encore aujourd’hui dans un de ces quartiers de Barcelone, on trouve un immense terrain vague où l’on peut courir dans toutes les directions sur des centaines de mètres – chose évidemment impossible en centre-ville. »

L’idée de course renvoie au cinéma comique du film muet. « Anarchitekton » s’apparente aux films courts d’Harold Lloyd ou de Chaplin qui sont une longue poursuite où le personnage est projeté de lieux en lieux, des films qui nous plongent dans une temporalité à la fois narrative et répétitive conférant un curieux mélange, d’invraisemblance du récit et de forte présence du personnage.

D’un point de vue technique, le film est une forme de proto-cinéma. Le mouvement est constitué par la mise bout à bout d’images arrêtées – l’inverse de photogrammes ou de ralentis. Cette économie de moyens correspond au minimalisme de l’action du personnage.

« S’agissant du mélange entre répétition et narration, je dirais que c’est moins la boucle que j’ai en tête qu’une ligne avec un début et une fin qui pourtant se répète. A Bucarest, l’espèce d’introduction avec le personnage à la bouteille de Coca illustre une petite aventure : c’est le premier objet qu’il trouve et il se met à courir avec. Puis, il y a le chapitre « squelette » où apparaît la maquette, ensuite le Palais de Ceausescu, etc. Par rapport aux films comiques, il y a plutôt déficit qu’inflation d’évènements, mais cela fonctionne effectivement sur le même modèle : un personnage-vecteur qui dans un cas se lance et dans l’autre, est lancé à travers la ville. Plongé dans le silence, la situation semble invraisemblable. Chaque geste semble non-naturel, prenant une force singulière. Je me souviens de la scène stupéfiante à la fin de l’Aurore de Murnau où l’on voit en surimpression un couple traverser une rue remplie de voitures. L’invraisemblance absolue de la situation non seulement ne contredit pas, mais renforce l’émotion. »

Propos recueillis par David Bennassaya, Paris, 2003.

Ressources : www.jordicolomer.com ; www.maravills.com ; www.michelrein.com

Luc DELEU & T.O.P.OFFICE

La Ville Inadaptée : VIPCITY, un mille nautique pour 9500 habitants, depuis 1995
Maquette, 1852 cm

Luc Deleu est né en 1944 à Duffel. Il vit et travaille à Berchem.

Vipcity ou la mise en scène d'une filiation

« Voilà bientôt dix ans que l'architecte-urbaniste Luc Deleu travaille au projet de La ville inadaptée. Il s'agit d'un ouvrage dit d'urbanisme conceptuel articulé sur une succesion de modèles spatiaux.
Comme chacun de ces modèles englobe le précédent, Vipcity qui en est l'occurence actuelle s'identifie à l'ensemble du projet. (...) Le travail est mis en route en 1995, à la suite du projet Wien Usiebenpole. Luc Deleu avait réglé l'arrangement fonctionnel de cette ville linéaire de 120 000 habitants sur la partition de "An der schönen, blauen Donau" de Johan Strauss. Par l'arbitraire de ce procédé il mettait le doigt sur la carence de la discipline à fournir les instruments adéquats pour concevoir et régler l'équipement urbain. Or donc La ville inadaptée serait consacrée à l'étude et à la mise en oeuvre des modèles de déploiement et d'agencement de cet équipement. Deleu considère cet outillage comme un élément essentiel de l'habitat. (...) Percevant que le domaine public qui lui est rapporté est soumis aux pressions des intérêts particuliers, il vise à placer les décideurs face à leurs responsabilités en les confrontant au "parangon éthique" auquel son entreprise devrait aboutir. par le biais de ce travail sur l'équipement, il prétend arriver à renouveler le programme de l'habitat urbain en société occidentale. Il aime à penser que son oeuvre pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies pour l'initiation et la conduite du projet. Il ambitionne de lui conférer une exemplarité qui lui permettrait de contribuer à la révision des objectifs de l'architecture et de l'urbanisme... » GC

Extrait du texte de Guy Châtel, Car pour finir, tout retourne à la mer. Vipcity ou la mise en scène d'une filiation, avril 2004

















Concept global d’urbanisme/Luc Deleu

« _Orbanisme
C’est en 1980 déjà, probablement sous l’influence encore de l’appellation poétique « astronef terre » créée par Buskminster Fuller, et impressionné par les toutes premières photos du globe terrestre de l’histoire, que j’ai lancé la notion d’orbanisme. La Terre est notre vaisseau spatial, notre mère et notre habitation à tous. A cette époque déjà, l’orbanisme préconisait une pratique de projet urbanistique intégrée à l’échelle planétaire, et essayé de considérer la Terre comme le contexte spatial et social dans lequel s’inscrivaient les villes et l’architecture. Dans cette optique donc, l’orbanisme visait à une organisation équilibrée de l’espace terrestre.
L’orbanisme défend ainsi un aménagement métaphysique et matériel du monde au profit du bien commun, de l’intérêt général. L’orbanisme vise à un équilibre dynamique entre ordre et chaos, entre architecture et vie, entre culture et néo-culture… L’orbanisme est aussi respectueux que possible de l’environnement. Comme nous devons organiser les constructions dans un espace naturel qui se restreint de plus en plus, l’écologie – système par ailleurs universel – est un principe structurant prioritaire de l’orbanisation toujours plus approfondie ou de l’appropriation de la nature par les hommes.
L’orbanisme sous-entend solidarité et juste relation ; il est écocentrique, équilibré et unique. Plus la mondialisation est glorifiée, plus un point de vue universel sur notre planète devient évident autant qu’indispensable. Nous évoluons, du moins nous l’espérons, vers un monde constitués de populations et d’institutions mondiales, soumises à des droits et des devoirs mondiaux et assumant des responsabilités mondiales.

_Urbanisme
Depuis les CIAM, toute démarche urbanistique sérieuse s’assimile à l’élaboration de plans dans le respect de l’intérêt général. Depuis lors, en effet, l’urbanisme est devenu synonyme d’architecture d’un foyer de société. De ce fait, l’urbanisme gagne largement en complexité et entend désormais englober l’organisation spatiale de la cité dans son ensemble, allant jusqu’à intégrer les réseaux urbains à tous les niveaux possibles. Au summum de ses capacités, l’urbanisme crée un ensemble flexible et durable intégrant toutes les composantes d’une société, sur plusieurs générations et au travers de différents modèles sociétaux. A son apogée, il génère un symbole de liberté pour plusieurs générations et tend donc vers une certaine intemporalité.
Un urbanisme conceptuel – par ses exemples, ses méthodes de conception et ses stratégies sur les plans formel, spatial, structurel et programmatique – entend instaurer un cadre stimulant. En tant que catalyseur d’inspiration, les idées sont une ressource économique et efficace.

_Architecture
Tout comme l’urbanisme s’inscrit dans un cadre orbanistique, l’architecture s’inscrit dans un cadre urbanistique.
Dans le village qu’est notre monde actuel avec sa société complexe, l’engagement planétaire s’affirme désormais comme une donnée incontournable au travers de la communication et de l’information universelles.
Dans l’histoire de l’art et de la critique d’art, les exemples architecturaux (réalisés) sont – pratiquement sans exception – des supports de propagande par lesquels le maître d’œuvre aime à s’affirmer d’une manière ou d’une autre. Le maître d’œuvre s’efforce, par le biais de l’architecture, de se vendre lui-même, de vendre quelque chose ou une idée à la société. L’architecte confère à l’édifice une plus-value métaphysique, il donne une âme à la construction et l’élève ainsi au rang d’architecture.
En incorporant les programmes banals à l’architecture, les modernistes ont créé une confusion tenace, encore présente aujourd’hui, entre les notions d’architecture et de bâtiment, entre habitation et architecture… Ces deux notions totalement différentes sont encore aujourd’hui, par habitude et malentendu, désignées et considérées comme une seule et même chose. L’architecture néanmoins, est une réalité spirituelle et culturelle et nullement un prétexte valable pour construire.

_Une théorie contemporaine de l’espace public
Depuis la chute du mur de Berlin, la mondialisation et la dérégulation sont omniprésentes et se retrouvent donc aussi dans la réflexion urbanistique et dans la ville. De plus en plus, les pouvoirs publics sont amenés à partager leur pouvoir avec des institutions privées avec, en corollaire, une privatisation toujours plus grande de l’espace public. Dès lors, dans notre monde occidental qualifié de démocratique, les forces en présence dans le domaine de l’urbanisme sont-elles encore maîtrisées démocratiquement, et sont-elles d’ailleurs encore maîtrisables ? L’espace public est-il encore constitué démocratiquement ? Et estime-t-on encore qu’il puisse s’ériger démocratiquement ? En dépit de la vision architecturale réductrice qui prédomine aujourd’hui encore et qui rejette ce débat social et politique, l’application d’un concept contemporain (c’est-à-dire du XXIème siècle) à l’espace collectif soumis aux pressions serait notamment susceptible d’offrir un nouveau paradigme éthique aux institutions privées qui interviennent toujours plus activement dans l’espace public et qui, dès lors, sont appelées à assumer, aujourd’hui ou demain, fût-ce involontairement, une responsabilité publique.
Il importe que la démocratie affirme son autorité, de préférence de façon permanente, dans l’élaboration et l’aménagement de l’espace public. La conception et la sauvegarde de l’espace public, le forum, devraient – dans l’intérêt de l’homme, de l’électeur et de la sécurité, relever inconditionnellement de la compétence des pouvoirs publics, et constituer une priorité urgente pour l’art de construire des villes.
Face à la formidable évolution de notre monde, une définition nouvelle et élargie de notre espace universel s’impose. L’espace collectif dans son ensemble (notre environnement) exige une différenciation nettement plus affinée et acquiert parallèlement un champ visuel de dimension planétaire. Pour ne citer que quelques uns des différents niveaux, on dénombre des espaces collectifs mondiaux (par exemples les océans), des espaces nationaux et régionaux (par exemple des paysages), des espaces municipaux, mais aussi des places, des rues et des ruelles. Nos espaces communs peuvent être des espaces interdits, inaccessibles, partiellement accessibles ou totalement accessibles. L’accès peut être facile ou difficile, ils peuvent parfois être cachés et dangereux ou sûrs, attrayants ou repoussants, etc., mais tous méritent, chacun à leur manière, l’attention spécifique des instances politiques compétentes. Manifestement, l’étude approfondie, la désignation et le catalogage des types d’espaces à échelle (planétaire) ne peuvent que rehausser le niveau de l’aménagement du territoire.
La dimension urbaine englobe un large éventail d’espaces privés et publics. L’espace collectif urbain se manifeste dès le paysage environnant (le plus souvent un néo-paysage) qui, dans certains cas, fait partie intégrante – dans une proportion plus ou moins grande – de la ville (une vue sur mer, sur un cours d’eau, un panorama ou l’horizon, par exemple).
La ville négative, le paysage urbain, la forme et la spatialité de la ville ou le vide urbain sont manifestement universels. Ici, ‘espace public, le forum, est encore une composante très spécifique qui, à son tour, englobe encore différents espaces qui se profilent chacun en extérieur, sous couvert ou à l’intérieur. D’autre part, la ville est constituée d’un amalgame d’espaces collectifs, tels que les espaces libres ou résiduels, les espaces occupés par les infrastructures, destinés à la circulation automobile, aux cyclistes et aux piétons – ensemble ou séparés – ainsi que d’espaces pseudo publics, semi-publics et semi privés. Tous ces espaces typiques, leur cohérence mutuelle et leur relation au monde privé, composent à mes yeux un programme particulièrement intéressant pour l’art de construire les villes, l’urbanisme.

_Défragmentation
L’autonomie de l’image est une caractéristique intéressante de la grande échelle. Dans la nature, la petite échelle est chaotique, mais à une plus grande échelle la nature crée toujours une image. Vue de près, la plage est un bric-à-brac instable de sable, de coquillages, de cailloux, de rochers et de plantes ; vue de la mer par contre, la mer offre une superbe image stable et autonome. De même malgré ses multiples facettes versatiles et son programme temporaire, changeant et instable, la ville dynamique envisagée à grande échelle compose une image digne d’un projet urbanistique.
Les communautés d’hommes libres s’inscrivent inéluctablement dans un chaos spatial et exigent une dose manifeste de tolérance. Toutefois, les grands concepts, structures et interventions sollicitent notre penchant pour l’ordre et les proportions et nous interpellent au plan émotionnel et intellectuel. Dès lors qu’ils assouvissent ce penchant, ils forment le contrepoint indispensable : « ordre à grande échelle, chaos à petite échelle » !
L’urbanisme est une discipline qui, plus que tout autre, appelle une interaction souple et rapide entre les différents niveaux d’échelle, entre grand et petit. Complexité et simplicité sont inextricablement imbriquées au sein du processus de conception urbanistique. Analyse et synthèse se succèdent.
Tout comme la fragmentation, la défragmentation doit elle aussi faire partie intégrante des stratégies et ressources de l’urbanisme. Toutes les structures élaborées par l’homme tendent à fragmenter tout en générant en même temps un mouvement d’intégration. Le monde globalise, régionalise, et atomise simultanément. Dans un espace urbain équilibré, fragmentation et défragmentation se côtoient. Les villes devraient donc aussi pouvoir être défragmentées régulièrement.
La conception « top-down », c’est-à-dire du « grand » au « petit », est une démarche évidente et relativement facile. L’inverse en revanche, c’est-à-dire du « petit » au « grand », ou « bas » vers le « haut », est une approche nettement moins évidente, très complexe, ardue et déconcertante : voyez l’UE ! Pourtant les deux méthodes sont dignes d’intérêt et ont leurs avantages et leurs inconvénients pour un projet urbain. La première méthode structure et la deuxième déstructure. La première génère harmonie et calme, la deuxième, diversité et agitation. La première est plutôt élitiste, la deuxième populaire.
Partir du « petit » pour arriver au « grand » génère un résultat différencié parce qu’il est tenu compte des particularités, des exceptions et de l’individualité, et à ce titre représente une garantie cruciale de préservation de la liberté individuelle. »

Luc Deleu, concept global d’urbanisme pour le quartier européen à Bruxelles, argumentaire de candidature, 2002

Ressources : www.topoffice.to ; www.muhka.be ; www.lacambre-archi.be

Didier Fiuza FAUSTINO/Le Bureau des Mésarchitectures

The Ultimate Safety Resorts (Hôtels d'Extrême Sûreté - Ultimes Hôtels Sécurisés), 2005

Avec la collaboration de Pascal Mazoyer, Mathieu Herbelin, Melissa Epaminondi
Avec la participation de l'entreprise France Lanord & Bichaton

Didier Fiuza Faustino est né en 1968. Diplômé de l'Ecole d'Architecture de Paris Villemin (1995), il a fondé le Laboratoire d'Architectures Performances et Sabotages (LAPS, Paris, 1996), l'Atelier Pluridisciplinaire "Le Fauteuil vert" (Paris, 1997), la revue d'esthétique "Numeromagazine" (Lisbonne, Portugal, 1998), le Bureau des mesarchitectures, avec Pascal Mazoyer (Paris, 2001). Il remporte le premier prix d'art contemporain "Premio Tabaqueiro 2001" (Lisbonne, Portugal). Le Bureau des Mesarchitectures est lauréat des nouveaux albums des jeunes architectes 2001-2002 (Paris, 2002). Aujourd'hui, il vit et travaille à Paris.

Performances, vidéos, expositions, textent se combinent aux recherches architecturales de Didier Fiuza Faustino. L'architecture, telle qu'il la conçoit, résulte d'une expérience du corps, de ses contraintes physiques, politiques et de son exploration "topomorphique". En cherchant à donner vie à l'espace par le corps, Didier Fiuza Faustino rend indissociables les productions artistique et architecturale qui le caractérisent.

Lors de la Biennale de venise en 2000, il exposa une valise destinée au transport aérien d'un clandestin, "Body in transit" (corps en transit - collection Musée National d'art Moderne, centre georges Pompidou, Paris), valise "conditionnée" pour cette fonction, à la forme moulée sur le corps replié. Il stigmatisait ainsi le nomadisme forcé de populations condamnées à l'exil et aiguisait notre conscience de la réalité. Le conteneur pour individu énonçait de manière emblématique ce vers qoi tend l'ensemble des recherches et projets de Didier Fiuza Faustino : la dialectique entre le corps et l'espace, avec toute l'ambiguité que cela suppose.

Son approche de l'architecture se veut multiforme, entre expérimentation et installation. Ainsi ce sol aquatique présenté en 2001 au Musée d'art Moderne de la Ville de Paris (ARC. exposition "Traversées"), par lequel les visiteurs étaient invités à percevoir et prolonger une expérience spatiale.

La démarche de Didier Fiuza Faustino interroge la perception de "l'instabilité visuelle et physique", qui fait de l'architecture une interface active entre notre corps et son inscription dans l'espace-temps. Il explore le passage entre espace physique et politique, entre espace "perceptuel" et architectural.

Avec la Maison d'Alice (collection FRAC-Centre), il déploie un "interstice" de latex, une membrane fibreuse, souple qui relie deux pavillons, suscitant nombre de questionnements (propriété, devenir de l'architecture, territorialité, corporalité, etc.). Une architecture de l'entre-deux.

1m2 house_(2003), la maison d'n mètre carré, résulte de l'assemblage de modules standardisés sur une unité de base du territoire, soit 1 m2. L'objet premier de la maison est selon l'auteur de ramener la question de la valeur relative du foncier dans le champ de l'architecture. Entre "hyperfonctionnalisme" et utopie, ce projet questionne aussi les notions modernistes de l'habitat minimum et de l'industrialisation, poussées ici à leur extrémités.

Casa Nostra_(2003), "maison du libre partage des biens culturels", s'inscrit dans une lignée bienspécifique, celles des maisons de la culture, des maisons du peuple. Mais la proposition diffère quelque peu. Il est question ici de prêts d'espaces libres d'accès, de salons favorisant le rassemblement de petits groupes pour partager les biens communs culturels mis à disposition par l'Etat.

Spacemaker (capsule, instrument tridimensionnel de perception, 1996), "An urban Peep-show" (Personal Billboard, maison individuelle dotée d'un écran géant, 1999), "Love me tender" (chaise métallique aux pieds acérés), "Urban Rhizome" (An hotel for aliens, module d'habitat intégré, module à forme de pièce de puzzle pouvant constiter par encastrement une nappe résidentielle reproductible à l'infini, 1999).
"Users & Abusers 2_0 (mur imposant de plusieurs mètres de long, gonflable, présenté à la Biennale de Venise en 2002), "Stairway to Heaven"(cage d'escalier isolée menant à un terrain de basket pour joueur unique), "Body in transit", "Casa Nostra", "1 m2 house", triptyque "Objets solubles, corps insondables" (vidéo, 2000) sont des travaux sur l'apparence, la perception, la notion d'apesanteur, le mouvement,etc. Les projets de Didier Fiuza Faustino provoquent certes de l'inconfort, mettant à mal toute idée préconçue, mais ils suscitent biendavantage encore trouble et jubilation.

« En amont de tout design urbain ou architectural, U.S.R. est un projet immobilier : une proposition de nouveaux territoires destinés aux urbains des classes privilégiées.

Il s'agit de remédier à l'injustice du partage du territoire : jusqu'ici, pour profiter des sites les plus remarquables l'élite était contrainte à l'enfermement : marinas idylliques encloses de hauts murs barbelés, miradors et sécurité renforcée les préservant des intrusions malveillantes, du spectacle obscène de la pauvreté. Comment jouir pleinement d'un séjour, fût-il des plus luxueux quand tout vous rappelle la violence et la menace que représente le monde extérieur ?
U.S.R. est l'ultime destination : des plates-formes autonomes amarrées dans des paysages de rêve, à bonne distance des côtes, offrant de tous cotés un panorama libéré des contraintes sécuritaires.
Laissant place à l'élégance et au calme : des suites sophistiquées conçues par les grands architectes, des restaurants aux cuisines raffinées, des thermes, bains et piscines au luxe exquis, au coeur du paradis.

Pour quelques jours d'apaisement total, pour traiter une affaire dans les meilleures conditions ou pour le plus inoubliable des voyages de noces, Ultimate Safety Resorts, l'évasion favorite des gens de goût. » DFF

Ressources : www.mesarchitecture.com


Yona Friedman

La Ville Spatiale, depuis 1958 - Installations
(2 installations au mur : photocopies couleur, emballages polystyrène, 1 installation au sol : photographie, 2 installations suspendues : fil et carton ondulé, grillage)

Yona Friedman est né en 1923 à Budapest. Il vit et travaille à Paris depuis 1948.

Extrait du texte de Marie-Ange Brayer, Frac Centre, Orléans

(...) La Ville Spatiale est la plus importante application de l'Architecture mobile (1958). C'est une structure spaciale surélevée sur pilotis qui contient des volumes habités, insérés dans certains de ces "vides", alternant avec d'autres volumes non utilisés. Cette structure peut enjamber certains sites indisponibles, des zones non constructibles (plans d'eau, marécages) ou déjà construites (une ville existante). Elle peut également se déployer au-dessus de terrains agricoles et opérer de la sorte une fusion de la campagne et de la ville. Cette ville sur pilotis est une structure tridimensionnelle conçue à partir d'éléments triédriques qui fonctionnera par "quartiers" où se distribueront librement les habitations. "Cette technique de l'enjambée et des structures contenantes permet un nouveau développement de l'urbanisme : celuide la ville tridimensionnelle ; il s'agit de multiplier la surface originale de la ville à l'aide de plans surélevés" (YF). L'étagement de la ville spatiale sur plusieurs niveaux indépendants les uns des autres, tant du point de vue fonctionnel qu'esthétique, détermine "l'urbanisme spatial" ; l'étage inférieur peut être consacré à la vie publique et aux locaux destinés aux services réservés à la communauté ainsi qu'aux zones de circulation piétonne. Les pilotis contiennent les circulations verticales. La superposition des niveaux doit permettre de rassembler sur un même site un ville industrielle, une ville résidentielle ou commerciale. La Ville Spatiale constitue de la sorte, ce que Yona Friedman nommera, une "topographie artificielle", une trame suspendue dans l'espace qui dessine une cartographie nouvelle du territoire à l'aide d'un réseau homogène continu et indéterminé (Cette maille modulaire autorisera une croissance sans limite de la ville). MAB

Ressources : www.pointdironie.com ; www.frac-centre.asso.fr ; www.labiennale.org


























La ville du troisième millénaire


« Il doit être évident que ce titre n’est pas pris comme celui d’une étude historique, ni comme celui d’une anticipation. Tout ce que je propose n’est qu’un bilan de départ, considérant les possibilités, partant d’aujourd’hui, vers un développement de la ville qui tienne compte des techniques et des tendances observables – sporadiquement – aujourd’hui.

Nous devons encore ajouter une remarque, avant d’avancer nos premiers pas dans cet essai : depuis des millénaires, la conception des plans des grandes villes a peu changé. Si nous comparons les plans de Babylone, de Rome, de Paris, de Londres ou de New York, un simple coup d’œil nous permettra de le constater. Même au XXème siècle, la transformation de la ville pré-industrielle en post-industrielle est à peu près négligeable quant au design urbain.

L’hypothèse selon laquelle, dans la ville du troisième millénaire, cette tradition sera maintenue semble vraisemblable à première vue.
Mais, en y réfléchissant plus loin, on s’apercevra que des changements très importants sont déjà en marche.

1- Tout d’abord, et ceci est déjà sensible, une migration de la population urbaine vers des climats plus favorables se manifeste partout : aux Etats-Unis, en Europe, en Asie. La raison de cette migration, dans les pays « riches », vient de la recherche d’un cadre de vie agréable. Quant aux pays « pauvres », dont les villes sont constituées majoritairement de bidonvilles, il est évident que l’habitat précaire est plus vivable dans les zones de climat chaud.

De toute façon, le fait est là : la population des régions chaudes s’accroît sans commune mesure avec celle des autres régions. L’habitation dans ces régions, dépend moins du chauffage ou de l’air conditionné, donc moins de consommation de l’énergie.

Si nous tenons compte du fait que la majeure partie de la consommation d’énergie à usage domestique vient du conditionnement de l’habitation ainsi que de l’équipement électroménager (qui nécessite une énergie plus faible puisque fournie par des batteries, piles, etc, éventuellement d’origine solaire ou éolienne), l’hypothèse de quasi-autarcie de la ville en matière d’énergie ne semble plus relever de la science-fiction.

2- Cette hypothèse est importante ; elle présente le premier pas vers l’idée de a maison autonome, indépendante des réseaux de distribution.
Mais le concept de « maison autonome » va plus loin que l’idée d’indépendance envers les réseaux de l’EDF : il s’agit d’une indépendance généralisée par rapport aux sites, aux réseaux. La technologie avancée facilite cette tendance.

Il s’agit aussi de l’autarcie en matière d’eau potable et d’évacuation des déchets ; il s’agit de l’indépendance (déjà réalisée) des réseaux matériels de la communication, et même, pourquoi pas, des réseaux de circulation véhiculaire. (J’ai écrit pour la première fois un article à ce sujet en 1957, dans le Bauwelt, Berlin.)

Ces techniques existent déjà opérationnellement et sont largement répandues.
L’idée de l’indépendance des bâtiments par rapport aux réseaux de distribution mène à suggérer que la ville à venir puisse avoir une densité d’habitation fortement moindre de celle de nos villes actuelles. Les demeures individuelles pourraient même devenir quasi nomades, mais, sans aller jusqu’à ce cas extrême, les distances entre les habitations pourraient croître spectaculairement.

L’habitat dispersé favorise l’extension de l’autarcie, par exemple quant aux denrées périssables. Pour des raisons d’hygiène, aujourd’hui déjà, de nombreux ménages urbains cultivent leur jardin potager « écologique », « biologique », etc. L’autarcie en matière de denrées périssables rend les demeures en plus indépendantes des réseaux, indépendance déjà importante dans d’autres domaines (communication, énergie, réseaux sanitaires, eau), comme nous lavons déjà remarqué.

3- Un autre développement, parallèle à celui de l’indépendance des habitations, pourrait être celui de la « dématérialisation » de l’habitat.

Expliquons ce terme : la maison, depuis des millénaires, signifie « ce qui permet de se protéger de l’extérieur », et tout particulièrement du climat. Cette protection, sous les climats favorables perd de son importance : dans de nombreux pays et pour de nombreuses civilisations, la partie habitée de la maison ne comprend rien d’autre qu’un « toit », protection contre le soleil et la pluie.

Un « toit » ne doit pas être réalisé en « dur ». Les parapluies, les tentes, etc. sont répandus en Inde, dans le Pacifique, en Asie du Sud-Est. Même les palais des rois étaient souvent conçus comme des vérandas abritées (par exemple, Fatehpur Sikrï).

Reste encore à assurer la protection de la « vie privée » : protection visuelle, protection acoustique, par exemple. Cette protection a toujours assuré à l’aide « d’écrans », de « paravents » : les parois, en fait, ne sont que des « paravents en durs ». L’habitation de l’avenir consistera peut-être uniquement en un « toit mobile », des « paravents », des « tapis » (couverture de sol), des cabines sanitaires (autonomes) et en une « chambre forte » où l’on peut conserver les objets dont l’usage n’est pas quotidien, ainsi que les biens de « valeur », tel est le schéma de l’habitation autonome.

4- Ajoutons à cette organisation que l’habitat déleste également la circulation véhiculaire : le ravitaillement véhiculaire ne concerne plus, avec ce schéma, que les denrées « stockables » impliquant des livraisons peu fréquentes. Quant aux déplacements de personnes, leur fréquence sera diminuée grâce aux télécommunications, à base d’équipements portables.

Cette diminution de la circulation véhiculaire implique un réseau routier de faible densité dans les zones urbaines, d’une densité équivalente à celle de nos campagnes d’aujourd’hui.

Le réseau urbain pourrait être remplacé par un réseau à grande vitesse à l’échelle d’un continent. Cette nouvelle organisation du territoire, celle d’un réseau dont les « nœuds » sont les villes existantes et dont les « mailles » forment le « hinterland » (agraire et industriel), se développe déjà aujourd’hui au Japon. Ce réseau reliant les villes de moyenne grandeur qui en forment les nœuds, représente ce que j’ai appelé la « ville-continent », alternative à la « mégalopole ».
L’Europe est déjà, au moins depuis un siècle, un ensemble de 120-150 villes, où vivent plus de la moitié des habitants. (J’ai émis cette hypothèse en 1960 ; les Anglais l’ont publiée sous le titre « Friedman’s Europe »).

L’ossature de ce nouveau type de ville serait donc double : un réseau à grande vitesse, et un réseau routier régional, « campagnard », tous les deux complétés par le réseau immatériel de la télécommunication.

5- Quel sera l’aspect visuel de cette « ville nouvelle » ?

Tout d’abord, au niveau de l’habitat individuel : le « décor » des habitations pourrait devenir « virtuel », généré par l’ordinateur, tant pour le dehors (façade) que pour l’intérieur, décor commandé à distance par l’habitant. En effet, si certains éléments de la maison, même « dématérialisée », doivent rester « tangibles » (tels les paravents ou le toit), le décor ne doit pas l’être. Nous ne touchons pas aujourd’hui le décor des murs, les fresques du plafond, etc. : il s’agit seulement de les voir. Cela suffit, peut-être, à donner une première idée de l’aspect des « maisons » de ville.

(La différentiation entre architecture « tangible » et « virtuelle » est une idée que j’ai proposée en 1964, pensant que les parties « virtuelles » d’un bâtiment, celles qu’on ne peut pas « toucher avec la main », peuvent être remplacées, pour l’œil, par des hologrammes.)

Mais l’aspect de la ville elle-même ?
L’indépendance fonctionnelle de l’habitat nous permettra de nous débarrasser du paysage urbain auquel nous sommes habitués, et de le remplacer par ce que j’ai appelé (dans les années 1960) la « nature habitabilisée » : autrement dit, l’insertion de l’habitat (et des espaces publics) dans le paysage naturel, sans le transformer. (Cette proposition a été publiée au Luxembourg Bauforum, en 1960 ; le terme figure, pour la première fois, dans mon livre L’Architecture de survie).

6- Les mots-clés de cette image hypothétique de la ville du troisième millénaire, dès ses premières années mêmes, pourraient être les suivants :
- autarcie partielle et indépendance par rapport aux réseaux
- implantation sous des climats favorables
- impact minimum dans le paysage naturel
- dématérialisation de la maison.

Une dernière remarque : cette image de la ville future ressemble beaucoup, en plus « développée », à celle du « bidonville » d’aujourd’hui (ou à celle de Los Angeles, si on veut). En Effet, Los Angeles est une sorte de « bidonville de riches », caractérisé par l’individualisme, l’indiscipline, le manque d’organisation de tous les bidonvilles : L.A. est le produit de la croissance sauvage, spontanée, comme les autres bidonvilles.

La ville nomade, déconnectée des réseaux (mais non de « l’hinterland ») n’est pas nécessairement une ville pauvre ; la « nature habitalisée » n’est pas nécessairement un privilège de riches. La ville du troisième millénaire peut être le lieu de départ d’un nouveau type d’organisation sociale, organisation qui se « construit » devant nous sans qu’on s’en aperçoive.

La ville et la société nouvelles sont en train de naître, mais sans pour autant être déjà visibles. Est-ce qu’elles seront « mieux » que celles qui les ont précédées ? La question reste encore ouverte.

PS
Cet essai décrit un développement qui « sera ou ne sera pas ». Mille ans est une durée très longue, mesurée en générations. Les tendances faisant partie de cette description ne sont pas toutes nécessairement celles qui les ont précédées ? La question reste encore ouverte.

Ce qui me plaisait et m’a conduit à écrire ce papier, c’est d’essayer de bâtir une synthèse de tendances, souvent contradictoires entre elles. Par ailleurs (et je l’ai toujours accentué dans mes écrits), je pense que l’histoire, tant celle du passé que celle de l’avenir, est fondamentalement erratique et imprévisible. Ce qui me fait penser que toutes ces réflexions se révèleront, dans l’avenir, à la fois fausses et justes.

Faire des erreurs et, en même temps, avoir raison, cela est, me semble-t-il, la définition même de toute création intellectuelle… »

Yona Friedman, Paris, le 25 mai 2000.
Texte paru dans le catalogue « Théorie et images. Yona Friedman », édition de l’Institut Français d’Architecture, 2000.

Vicente GUALLART

HICAT, La renaturalizacion del territorio, La ciudad de la 1000 geographias, Denia mountain project, 2003 - Films

Vicente Guallart est né en 1963 à Valencia. Il vit et travaille à Barcelone.

Media, montagne et architecture sont les interfaces des trois royaume naturels : le digital, le naturel et l'artificiel. Trois manifestations qui font appel à une nouvelle organisation de leurs interactions : le monde physique est transformé par l'émergence du monde digital, l'environnement construit est transformé par ce que l'on appelait auparavant "naturel" ; le digital développe ses propres lois internes et construit son propre monde opérationnel. Tous les trois phénomènes vibrent simultanément quand ils se trouvent face à n'importe quelle action humaine.
Mes projets explorent la capacité des gens à construire un environnement inhabitable par omission de cette relation triangulaire. Tout en partant de l'hypothèse selon laquelle le but de l'architecture ne serait pas seulement de construire, mais aussi de concevoir des environnements où la vie humaine pourrait s'organiser. Je travaille en action autant qu'en omission, avec de la pierre, du verre et des "bits" ; autant dans les territoires urbains et ruraux que dans les mondes physique et virtuel.
Interface traditionnelle, l'architecture doit donc redéfinir ses objectifs face à l'émergence du monde digital, qui entoure et transforme tout, et grâce auquel les gens s'immergent dans une nouvelle réalité.
Cette situation a peut-être la capacité de remplir le vide entre un monde merveilleux, incroyable, lumineux et créatif, d'un côté, et un monde physique ombré, pervers et décadent, de l'autre. Ces deux mondes ne font qu'un et sont à construire simultanément...VC

Ressources : www.guallart.com ; www.hipercatalunya.org ; www.elfar.diba.es ; www.macba.es ; www.archilab.org

IaN+/Carmelo BAGLIVO, Luca GALOFARO, Stefania MANNA

Emptiness, 2005 - Installation

Carmelo Baglivo est né en 1964 à Rome. Luca Galofaro est né en 1965 à Rome. Stefania Manna est née en 1969 à Rome. Ils vivent et travaille à Rome

Rome et particulièrement son périphérique (début 1950) autour de la ville, est le point de départ d'un travail de réflexion de IaN+ sur la ville du futur. "(...) Nous proposons d'édifier un mur pour cent ans, une période de temps infiniment courte à l'échelle du temps de la ville. Les champs en friche et les secteurs détruits survivront au temps présent. Ils deviendront les espaces d'une attente en attente qui éveilleront vaguement en nous certains souvenirs, réveillant la tentation du passé et du futur.
Une chose est sûre : notre action n'a pas pour but d'appliquer à la nature des lieux le même traitement que celui que nous infligeons à notre ville. Nous n'avons pas l'intention de protéger le vide de la même manière que l'on protège les bâtiments historiques de Rome, nous ne voulons pas le préserver ni substituer une nature à une autre. Et nous ne voulons surtout pas tuer le temps en le figeant dans un présent infini. Bien au contraire, nous souhaitons que notre action ait l'intensité des catastrophes capables de réactiver la nature des lieux. Nous voulons être capables de produire des effets comparables à la lente action du temps, sans le représenter de manière mécanique, mais plutôt en utilisant l'espace d'un long silence pour imaginer le futur. (...) La mémoire deviendra alors une absence car elle ne vivra plus dans ce lieu. A un moment donné, on pourra oublier ces espaces pour les redécouvrir plus tard, à la fin du millénaire. Ce n'est qu'à ce moment-là, à ce moment précis, que nous pourrons avoir une vision claire de la ville du futur..." IaN+

Ressources : www.ianplus.it

Bodys Isek KINGELEZ

Sète en 3009, 2000 (collection du Musée International des Arts Modestes à Sète) - Allemagne An 2000, 1998 - Italie, 1989 - Paris Nouvel, 1989 (collection du Fonds National d'Art Contemporain - Maquettes

Bodys Isek Kingelez est né en août 1948 à Kimbembele Ihunga (Congo), aux frontières des provinces de Bandundu et du Kasaï occidental. Il a beaucoup vécu à Kanananga avant de revenir enseigner dans une école secondaire jusqu'en 1977, à Kinshasa, où il vit et travaille actuellement.

Autodidacte de talent, Kingelez est engagé comme restaurateur par le Directeur de l'Institut des Musées nationaux du Zaïre. En 1985, il baptise son art "Architecture maquétique".

André Mangin, à propos de "Les magiciens de la terre", exposition à laquelle ont participé seuls trois Zaïrois dont Bodys, raconte dans "Kinshasa Congo" de Titouan Lamazou comment l'homme de la ville repensée "a réalisé en 1989 une étrange sculpture en carton, papier sous la forme d'une maquette de bâtiment venu de nulle part, manifestant une sorte de pouvoir et d'absolu". Depuis cette exposition de 1989, qui le propulse sur la scène internationale, Bodys Isek Kingelez, n'a cessé d'exposer ce qu'il aime appeler ces "extrêmes maquettes". Des gratte-ciel, des bâtiments administratifs, tous en modèles réduits s'élancent vers le ciel de Kinshasa dans une atmosphère d'utopie urbaine. Ils sont le fruit d'une imagination fertile, fantasque, apparemment imperméable à l'éloquente tradition africaine des masques, de la sculpture et de la peinture murale.

Fasciné par l'aspect incontrôlable, bouillant, des paysages de villes, il puise son inspiration dans les grandes métropoles européennes et africaines avant de mettre en place ses structures à lamanière d'un jeu de légo. Il n'hésite pas d'ailleurs à revisiter en réduction les thèmes récurrents à cette architecture post-moderne : bâtiments officiels ou constructions à forte charge symbolique. Des constructions comme "La Méditerannéenne", "Le mauzolée Kingelez" ou encore "La rue des soôlards" témoignent d'une même facultée de ré-interprétation des modèles architecturaux post-modernes.

A la base de tout projet, il écrit un texte esquissant avec rigueur et précision les intentions sous-jacentes, le programme de construction. Pour la réalisation, il utilise des matériaux très simples, essentiellement du papier et des morceaux de carton récupérés qu'il agence dans une sorte de bricolage minutieux et précis, ne laissant de côté aucun détail superflu.

Dissimulant l'aspect froid et distant de l'objet maquette, les façades sont agrémentées de couleurs acidulées, les couronnements et les base des monuments animés de drapeaux, fanions et oriflammes. Tout en déployant magnifience et apparat, ses maquettes aux allures post-modernes revisitées, demeurent pourtant de pures conceptions imaginées, sans le moindre lien avec le monde des entrepreneurs.

Extrait de "Propos recueillis par André Magnin, Kinshasa, Paris, 2000", in catalogue de la Médiatine

" (...) A ce jour, j'ai réalisé 3014 oeuvres. En grand comme en tout petit. J'ai imagné aussi des villes entières ; c'est une contribution irréfutable à la vie, à la science. Mon oeuvre compte quatre villes. Kinshsa du 3e millénaire, la troisième, est une révolution. C'est une ville libre, paisible. J'aime la paix et la liberté. C'est une ville où les délinquants, la police et les prisons n'existent pas. Beaucoup pense que l'art ne contribe à rien. Moi, j'affirme que mon art contribue à la science, à une vie meilleure. Je ne veux pas penser aux difficultés et à la misère. Les mots, les commentaires que j'écris accompagnent la vision qui a demeuré en moi avant que l'oeuvre ne soit réalisée. En premier lieu je pense le nom (le titre) de la maquette ; j'attends la vision puis je la rends réalise. Je ne fais jamais de dessins préalables. La pensée me donne tout, même la forme et les couleurs. J'écris comme j'invente mes sculptures. C'est porquoi, je dois investir les mots qui correspondent à ma vision et à mes oeuvres que je réalise en dehors de l'histoire, de la mémoire, des conseils et des savoirs académiques. Je suis tout à la fois concepteur, architecte, maquettiste, ingénieur, artiste." AM

Ressources : www.miam.org ; www.fnac.culture.gouv.fr ; www.fondation.cartier.fr

mercredi 4 mars 2009

Aglaia KONRAD

Desert Cities, 1992-2005 - Installation

Aglaia Konrad est née en 1960 à Salzbourg. Elle a fait ses études à l'Académie des Beaux-Arts Jan Van Eyck au début des années 1990. Elle a participé à de nombreuses expositions telles que : Cities on the move (Vienne), Documenta X, etc. Elle a également publié plusieurs ouvrages : "Another &another &another act of seeing urban space" en 1997, "Orbis Terrarum", "Ways of worldmaking" en 2000, "Elasticity" en 2002 (avec des textes d'Antonio Guzman, Daniel Kurjakovic et Eran Schaerf). Aujourd'hui, elle vit et travaille à Bruxelles.

Pour Aglaia Konrad, les villes dans lesquelles nous vivons sont complexes et fascinantes. Cependant, il faut souvent qu'est lieu un moment de crise, de menace ou un brusque changement pour que se dévoile de façon plus intense et précise l'intérêt de ces cités. Aglaia Konrad qui travaille habituellement à Rotterdam et Bruxelles, a les yeux expérimentés d'une globe trotteuse citadine.

Aglaia Konrad a recensé de multiples conditions urbaines dans le monde entier, disparates mais offrant cependant, de nombreux points communs. L'urbanisme que développe Aglaia Konrad peut être compris comme une pensée de structures communautaires. Ses photographies - toujours des images de villes - suivent le critère d'ordre tracé d'après ce modernisme classique que l'on doit à des modes de représentation issus de la Renaissance.

L'ordre et le chaos des espaces urbains, comme ils se manifestent à l'arrière plan et au premier plan des photographies, sont associés à des vues du ciel qui révèlent le fait que ces espaces urbains ne peuvent exister sans le code de l'organisation, des abscisses et des ordonnées.

Avec des gros-plans de populations en mouvement, douées d'ubiquité dans ces espaces urbains, des photographies d'immeubles modernistes ou de salles d'attente publiques, de prestigieuses salles de réception, la photographe semble nous présenter toutes les possibilités de représentations de l'espace urbain, soulève la question de la statique et de la dynamique, celle de l'ordre et du chaos et apporte différentes réponses à la question du développement urbain, moderne et dynamique. Les séries de photographies d'Aglaia Konrad attirent notre attention sur cette histoire urbaine car elles nous présentent des lieux que nous avons tous un jour parcourus, vus, utilisés.

Sa scénographie est à mettre en relation avec l'intérêt qu'elle porte à l'espace d'exposition et son lien avec l'extérieur. Utilisant des fenêtres, des portes ou n'importe quel type d'ouverture, l'artiste cherche à formuler un certain type de montage reliant le document d'archive à la situation actuelle.

Aglaia Konrad a établi des projets de petites publications variées regroupant des problématiques plus spécifiques. Avec cette pratique de la publication, elle questionne le rôle de la forme (représentationnelle) une fois imprimée.

« A la fin des années 1970, le gouvernement égyptien décida de bâtir des villes nouvelles dans le désert afin de freiner la croissance d'Alexandrie et du Caire, tout en combattant l'urbanisation des terres cultivables. D'où un programme public ambitieux, axé sur l'infrastructure et la constructon de logements, qui fut suivi et développé par des projets d'investissements privés. La plus ambitieuse de ces cités du désert est Sadad City, conçue comme une nouvelle capitale, avec des habitations et des bâtiments publics luxueux. Mais les autres villes plus proches du Caire, ne sont pour la plupart que des cités-dortoirs (...). Dans son ensemble, l'opération n'a pas semblé et ne semble toujours pas "fonctionner" comme prévu. Le programme n'en a pas moins été exécuté, depuis plusieurs décennies, comme planifié au départ. La conséquence en est un cercle de "banlieues" monotones, inachevées, à moitié vides et déjà largement délabrées dans le paysage désertique - et donc sublime à sa manière - qui entourre le Caire. Des rues et des lampadaires et des parcelles en attente de maisons qui n'arrivent pas ; des séries de blocs identiques, séparés par des terrains en friche et non par de la verdure, comme le suggère les brochures promotionnelles ; des villas abandonnées que les banlieusards ordinaires ne peuvent pas s'offrir et où les riches ne veulent pas habiter ; des façades aveugles derrière lesquelles personne ne vit, avec, ça et là, une fenêtre ouverte, du linge sur un balcon, ou une terrasse décorée de peitures ou de carreaux traditionnels.
Ces villes du désert, Aglaia Konrad les a photographiées pour la première fois en 1992, et elle y est retournée une bonne décennie plus tard. Le nom du projet est : Desert City... » BV

Extrait du texte de Bart Verschaffel, Desert Cities, in catalogue de l'exposition

Ressources : Texte Antonio Guzman, "Le protocole d'une photographie topique", paru dans le catalogue "Aglaia Konrad. Elasticity", NAI Publishers, Rotterdam, 2002

Yuri LEIDERMAN

Les victimes de Katyn et les victimes de Hatyn se rencontrent sur les collines poussiéreuses des environs de Cap Town, 2005 - Installation

Yuri Leiderman est né en 1963 à Odessa. l vit et travaille à Cologne et à Moscou.

(...) En 1940, dans une forêt près du village de Katyn, les troupes du NKVD (police secrète) ont fusillé, sur ordre des autorités soviétiques, plus de 4000 officiers polonais faits prisonniers quand l'Union soviétique occupait les régions orientales de la Pologne au début de la Seconde Guerre mondiale. Le charnier fut découvert par l'armée allemande en 1943, mais la propagande soviétique a attribué la responsabilité de cet acte aux Allemands. L'information complète et véridique sur cette tragédie n'a été accessible qu'en 1990-1992. En 1943, un bataillon punitif allemand a entièrement détruit le village de Hatyn. Les SS ont mis tous les habitants dans un hangar et l'ont brûlé, 149 civils y ont trouvé la mort. En 1966 a été construit un mémorial à cet endroit. Au milieu des années 1980, à partir du début de la Perestroïka, sont cependant apparues des rumeurs - que rien, d'ailleurs, ne vient confirmer - affirmant qu'il ne s'est rien passé à Hatyn, ùais que ce crime fasciste aurait été inventé par a propagande stalinienne pour distraire l'attention publique du village à la même consonance, Katyn, pour étouffer et éliminer un évènement par un autre.

(...) Nous pouvons représenter la ville du futur non comme un amoncellement de béton et de verre mais comme un espace ouvert, une banlieue infinie, des collines peu élevées où se produiront d'étranges résurrections, à mi-chemin entre technologie et théâtre. De telles banlieues seront peut-être habitées par un nouveau peuple - les victimes de tous les méfaits de l'Histoire, une internationale de ceux qui ont été condamnés un jour à mourir ensemble par la volonté d'une consonance linguistique fortuite. YL


Ressources : www.michelrein.com ; www.i-art-c.org

Alex S. MacLEAN

Série de photos aériennes, 2005 - Photographies

Alex S. MacLean vit et travaille à Cambridge, Massachusetts.

Extrait de l'interview avec Gilles Tiberghien, ... reprise partiellement dans le catalogue de l'exposition.

En plus de 25 ans, Alex Mac Lean, photographe et aviateur, a survolé à bord de son Cessna 182 la quasi-totalité des Etats-Unis et de Hawaï en photographiant le paysage. Le travail de M.Mac Lean, qui révèle une compréhension visuelle étonnante des caractéristiques du territoire régional, montre les changements infligés au territoire par le développement urbain. Des vues de vastes étendues sauvages et de paysages maritimes aux motif dus à l'agriculture, aux programmes de logements, aux infrastructures de transit et aux scènes urbaines, ses images puissantes et descriptives offrent des indices qui permettent de comprendre la relation entre la nature et l'environnement bâti. A la question sur la différence entre le paysage américain et le paysage européen, il répond : "La culture, l'occupation du territoire et ses caractéristiques physiques. La trame. Vous savez, je suis jaloux du paysage européen dans sa forme idéale, où l'on trouve un groupement de personnes et puis un espace ouvert. Ici, nous occupons l'espace d'une façon infondée sur le plan de l'environnement. Nous bougeons sans cesse d'un endroit à l'autre, c'est tout à fait inefficace, sans compter les autres répercussions négatives. C'est très homogène et tout commence à se ressembler. Quand vous aterrisez à Seattle ou à Miami, la majorité du bâti récent est construit sur le même modèle : les autoroutes sont identiques, tout comme les habitations en périphérie des villes et des commerces. C'est probablement aussi le cas en Europe. Mais ici, les différences régionales s'estompent. (...) La différence de matériaux caractéristiques du contexte local disparaît du paysage..."

Ressources : www.alexmaclean.com ; www.lanslides.com ; www.mutations.arcenreve.com/index2.html

Map Office/Laurent GUTIERREZ & Valérie PORTEFAIX

Underneath : Exploring new urban fields, 2005 - Installation

Laurent Gutierrez est né en 1966 à Casablanca. Valérie Portefaix est née en 1969 à Saint-Etienne. Ils vivent et travaillent à Hong Kong.

(...) Underneath (En dessous) fait partie de notre recherche sur la région du Delta de la Rivière des Perles. Il s'agit d'une étude des nouveaux territoires urbains situés en-dessous de la structure du circulaire autoroutier de Guangzhou. A première vue, ce lieu ressemble à un collage bi-dimensionnel et pourtant, par sa complexité, il s'apparente plus à un empilement omniprésent de lieux hétérogènes. Chacun de ces lieux, telle ne page de livre se détériorant, fait référence à un mode différent d'unité territoriale, de distribution socio-économique, de conflits politiques et de symbolisme d'identification.
Underneath, c'est 63 km d'autoroute, propriété du promoteur d'Hong Kong Hopewell Holding et du directeur général Sir Gordon Wu, un empire privé qui contrôle l'économie, la géographie et, au final, la culture de la région.
Underneath interroge les zones de contact et les zones de conflits. C'est la Chine sous son meilleur jour. L'environnement et le paysage se transforment sous l'effet de multiples pressions : la présence simultanée de fermes, d'usines de plastique, de villages traditionnels, de nouvelles villas, de stades et de centres commerciaux. Cette transformation offre un contraste qui dépasse largement les dichotomies conventionnelles entre urbain et rural.
Underneath est aujourd'hui une plateforme linéaire où les immigrés inventent une nouvelle géographie de la vie. Le long de cette ligne géographique artificielle, l'autoroute introduit des scénarii potentiels de perspectives saisissantes... MAP

Ressources : www.map-office.com

ONL/Kas OOSTERHUIS & Ilona LENARD

Automotive City, 2005
Installation avec Acousic Barrier (maquette et VR), Ekris Headlights (maquette et VR), Hessing Cockpit (maquette et VR) et le jeu interactif ProtoCity 2005++

Kas Oosterhuis est né en 1951 à Amersfoot. Ilona Lénàrd est née en Hongrie. Ils vivent et travaillent à Rotterdam.

(...) La Barrière Acoustique abrite le Cockpit Building. La Barrière Acoustique est une structure d'1,5 km de long et de 13 m de haut conçue pour protéger les maisons costruites récemment du bruit provenant de l'A2 et de ses 14 voies. Le Cockpit intégré accueille un showroom/garage de 5000 m2 destiné à des voitures de luxe. Derrière le Cockpit, ONL construit deux showrooms pour un construceur automobile alemand. ONL s'était fixé comme tâche de concevoir un projet cohérent pour trois clients différents aux intérêts souvent contradictoires. Il y est parvenu en séduisant les clients grâce à un concept de bâtiment fort qui devient "une offre qui ne se refuse pas". Ce concept est fondé sur le processus de roduction interne File to Factory (Dossier-à-Usine) unique, mis au point par ONL et qui permet une réelle "architecture non standart". Aucun élément de construction n'est le même. Aucune répétition. Chaque élément est "customisé", chaque élément possède son propre numéro. La Ville de l'Automoble représente l Bâtiment d'un Nouveau Type qu'ONL a mis au point au fil des ans. Avec la Station de Transfert des Ordures, puis avec le Pavillon de l'Eau de Mer et le Réseau internet de Hollande du Nord, ONL a mis au point une architecture sculpturale fondée sur un principee radical : un bâtiment, un détail. Aucun élémet de cnstruction du bâtiment ni de sa peau ne provient d'un catalogue existant. ONL établit son propre catalogue d'éléments customisés et ses propres principes de stylisation automobile... ONL

Ressources : www.oosterhuis.nl ; www.lenard.nl ; http://protospace.bk.tudelft.nl ; www.cnac-gp.fr/Pompidou/Communication.nsf/